Relations franco-égyptiennes

Avr 17, 2021 | Études

Le président français Emmanuel Macron a décrit les relations franco-égyptiennes comme un partenariat stratégique, lors de la visite du président égyptien Abdel Fattah El-Sissi à Paris en décembre 2020, et lors de la conversation téléphonique entre eux le mois dernier de cette année, au cours de laquelle ils ont discuté des questions de  la région et les relations bilatérales, dans une confirmation claire de la bonne relation entre les deux présidents et les deux pays.

Anciennes relations et intérêts communs

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Sissi en 2013, le Caire et Paris ont relancé les liens  entre eux qui avaient commencé sous le règne de Muhammad Ali (1769-1849), le fondateur de l’Égypte moderne, La relation franco-égyptienne est considérée comme exceptionnelle, et la relation entre les deux pays ces dernières années s’est concentrée sur la coopération militaire et sécuritaire et la lutte contre le terrorisme, faisant face aux risques de stabilité régionale, confrontant les groupes extrémistes et rejetant l’expansion régionale turque, l’appréciation commune du dossier libyen et l’achat d’armes françaises par l’Égypte, ce sont des relations qui fournissent un exemple rare d’accommodement politique.

Alliés face à l’immigration

Après avoir renversé l’allié historique, le président Hosni Moubarak et soutenu la révolution égyptienne du 25 janvier, la France est revenue pour soutenir l’establisement militaire égyptien et le président El-Sissi. La France estime qu’elle doit aider l’Égypte à retrouver sa position traditionnelle de puissance régionale, face à l’incapacité des autres pays arabes à jouer leur rôle, d’autant plus que les pays occidentaux comme la France ont besoin d’un partenaire sur lequel ils peuvent s’appuyer dans une région instable, de préférence avec un leader fort à leur tête. L’Égypte partage une longue frontière avec la Libye et est donc en première ligne pour repousser les vagues de réfugiés et de migrants qui tentent d’entrer en Europe. La Libye et l’afflux de réfugiés de ses côtes vers l’Europe ont été une priorité majeure pour le président Macron et son gouvernement, il est donc désireux de soutenir l’Égypte pour contribuer à cet effort.

Alliés dans la lutte contre le terrorisme

La France aspire également, dans ses relations bilatérales avec l’Égypte, à contenir des cellules et des individus extrémistes  pour qu’ils n’atteignent pas l’Europe. L’Égypte joue un rôle important dans la lutte contre le terrorisme dans le nord du Sinaï, dans les gouvernorats égyptiens, et le cœur de la vallée du Nil, dans le delta, dans le désert occidental et en Libye, où l’Égypte y fait face à des groupes terroristes.

Al-Sissi avait ordonné plusieurs missions dans l’est de la Libye, dirigées par des avions Rafale, après l’attaque du bus. Le ministre français des Affaires étrangères, Le Drian, a déclaré: “Nous ne pouvons pas permettre aux terroristes et aux passeurs de toute sorte de s’épanouir aux frontières de l’Égypte et aux portes de l’Europe”, Il a ajouté que la Libye joue un rôle important dans la promotion des solutions pacifiques auxquelles l’Égypte et la France y tiennent . La France considère le soutien des dirigeants arabes qui souhaitent lutter contre la menace directe des groupes armés comme une stratégie nécessaire à la sécurité nationale française, en tenant compte des autres enjeux politiques fondamentaux du pays.

Lors du dernier contact entre les deux présidents, ils sont convenus de l’importance d’intensifier les efforts conjoints de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, à la lumière de leur volonté mutuelle d’aider les pays de la région à rétablir la sécurité et la stabilité et à réaliser le développement souhaité, en plus de ce que le phénomène du terrorisme pose comme un défi pour la sécurité régionale dans son ensemble.

Coopération militaire

L’Egypte a signé un accord d’un milliard de dollars avec la France pour quatre navires de guerre et un accord d’une valeur de 6 milliards de dollars pour l’achat de 24 avions de combat Rafale. La France a également vendu des armes et des services militaires à l’Égypte, notamment un satellite militaire de 700 millions de dollars, deux porte-hélicoptères Mistral d’une valeur d’un milliard de dollars, initialement construits pour la vente à la Russie, et des missiles, des armes à feu et des munitions d’une valeur de près d’un milliard de dollars. La coopération militaire entre les deux pays est en augmentation, car Sissi a soulevé, lors de son récent voyage à Paris, la question de l’achat de 12 nouveaux Rafale, de satellites de communication et d’un nouvel avion Falcon.

Partage la même vision de la crise libyenne :

La crise libyenne a fait l’objet d’une attention et d’une discussion communes lors du dernier contact entre les deux présidents, et il existe un consensus sur les voies pour régler la crise militairement, politiquement et économiquement, d’autant que la Libye s’apprête à organiser des élections, à la fin de cette année, après la formation d’un gouvernement en son sein. Les deux présidents ont souligné la nécessité d’évacuer les mercenaires de Libye et de saper l’ingérence étrangère illégale dans les affaires libyennes qui contribuent à alimenter la crise, pour aider à atteindre le processus électoral de décembre prochain. L’Égypte a une forte influence sur la scène libyenne grâce à ses relations avec le général Khalifa Haftar, l’une des parties au conflit libyen, et le président français a salué le rôle vital de l’Égypte dans le règlement de la crise libyenne et les efforts personnels du président Sissi, ce qui a renforcé la piste politique pour résoudre le problème libyen. Le dossier est considéré comme important pour la france en raison de son lien avec les dossiers d’immigration, la lutte contre le terrorisme et la limitation de l’influence turque en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale, en plus des approvisionnements énergétiques et des investissements français potentiels en Libye après la fin des élections et la formation d’un gouvernement représentant toute la Libye.

Le dossier du barrage de la Renaissance

L’évolution de la situation actuelle de la question du barrage de la Renaissance s’est imposée avec l’intention de l’Éthiopie de remplir le barrage sans être d’accord avec les pays en aval, en particulier l’Égypte, qui estime que cela pourrait affecter sa part de l’eau. Par conséquent, le Président Al-Sissi a procédé à émettre un avertissement et mettre une ligne rouge à l’Éthiopie que l’Égypte agira si l’Éthiopie insiste pour remplir le barrage sans consulter l’Égypte.

Cela signifie recourir à l’option militaire pour faire face à l’évasion éthiopienne, ce qui oblige l’Égypte à obtenir un soutien international pour ses mesures contre l’Éthiopie. Par conséquent, le président égyptien a souligné lors de ses contacts avec le président français que l’Égypte accorde la plus grande attention à cette question dans le cadre de défense des droits historiques de l’Égypte dans les eaux du Nil, Et cela en concluant un accord juridique global et contraignant entre les trois pays concernant les règles de remplissage et d’exploitation du barrage. La diplomatie égyptienne ouverte sur l’extérieur dans ce dossier a tendance à se concerter avec des amis, dont la France, le fournisseur d’avions Rafale, qui peuvent être utilisés pour frapper le barrage si l’intransigeance éthiopienne se poursuit.

Coopération dans les domaines du développement et de l’énergie

Les deux présidents réunissent un ensemble d’initiatives conjointes telles que l’investissement dans le nouveau couloir du canal de Suez en Égypte, des contrats potentiels pour la diversification énergétique et des consultations sur l’amélioration des chemins de fer en Égypte, ainsi que des relations académiques et culturelles. L’accent se poursuit sur les moyens de renforcer les cadres de coopération bilatérale conjointe entre les deux pays dans de nombreux domaines, notamment économiques et militaires, en plus de l’activité des entreprises françaises intervenant dans divers projets de développement en Égypte.

Conclusion

La France restera intéressée au maintien de relations fortes avec l’Égypte, qui occupe une position importante dans le monde arabe, et à un rôle arbitre   dans la région du Moyen-Orient pour les autres puissances régionales qui tentent d’imposer leur hégémonie sur la région, et pour empêcher l’expansion des forces concurrentes de l’influence française en Afrique du Nord ou en Méditerranée orientale. L’Égypte a également un rôle important dans la lutte contre l’immigration, dont souffre la France, et la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme dont la propagation menace les villes françaises et menace son influence en Afrique. Outre l’importance de la coopération militaire et sécuritaire entre eux, la préservation de la stabilité régionale, ainsi que des projets de développement et de coopération conjoints dans les domaines de l’énergie. Cela place les deux pays dans un état continu de coordination, quelles que soient les fluctuations causées à cette relation résultant de changements politiques, sociaux ou autres en matière de droits humains.

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