Rapatriement des djihadistes occidentaux chez eux. Défis et solutions possibles

Sep 17, 2019 | Groupes extrémistes, Les rapports

La menace du président américain Donald Trump, en 21 août, de libérer des milliers de terroristes étrangers détenus en Syrie dans les pays européens dont ils sont originaires a ravivé le débat politique en profondeur entre alliés sur le retour des combattants vers leurs pays, En particulier en Europe et sur la meilleure manière dont les pays étrangers peuvent relever le défi du retour des combattants étrangers.

Selon le président des États-Unis, Donald Trump, 2 500 membres de l’Etat islamique appartenant à ces terroristes djihadistes sont toujours détenus par les Forces démocratiques syriennes (SDF) dirigées par les Kurdes dans la partie nord-est du pays. Après avoir été en mesure d’expulser l’Etat islamique de ses derniers points de contrôle dans l’est du pays en 23 Mars, après une attaque massive soutenue par la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Il n’est pas clair combien de temps cet accord de détention pourra durer après le départ de la majeure partie des forces américaines. Sous des avertissements qu’ils pourraient fuir, si SDF était attaquée par la Turquie, ou par l’armée syrienne et ses alliés.

Les défis du rapatriement

La restauration de ces extrémistes, de leurs enfants et de leurs épouses pose un mélange de problèmes juridiques et de renseignements pour les pays européens qui craignent leurs citoyens saturés d’idéologie extrémiste et qui ont acquis une expérience du combat susceptible de constituer une menace majeure pour leur sécurité. Le plus grand dilemme pour ces pays concerne les fils de djihadistes qui ont été victimes de crimes et de violences par l’Etat islamique et ont adopté l’idéologie extrémiste, craignant qu’ils ne se tournent vers des projets terroristes à l’avenir.

D’un côté, ils craignent que leur retour et leur condamnation radicalisent leurs collègues en prison, D’autre côté, les loger séparément nuit aux ressources et aux systèmes juridiques, De plus, rien ne garantit que les rapatriés seront condamnés devant les tribunaux européens avec la possibilité d’exploiter leur liberté de procrastiner indéfiniment, alors que les gouvernements européens peuvent être forcés de les libérer, car rien ne prouve ce que ces individus ont fait pendant leur séjour avec ISIS, sans parler des obstacles juridiques à l’accueil de prisonniers d’une entité non gouvernementale « SDF », ce que leur législation n’autorise pas.

À ce jour, il n’y a pas de consensus international sérieux sur cette question. Au lieu de cela, différents pays ont adopté leurs propres solutions différenciées, allant du pardon à la punition.

Certains pays européens ont adopté une approche restrictive en matière de réintégration des rapatriés, et le Royaume-Uni est parvenu à priver plus de 100 combattants de l’Etat islamique de la double nationalité de leurs nationalité britannique en 2017. Les autorités britanniques estiment également que les combattants étrangers au sein de l’Etat islamique doivent être jugés à l’endroit où ils ont commis leur crime.

La France, qui figure en tête de liste des principaux exportateurs européens de combattants étrangers, a catégoriquement refusé de reprendre les combattants de l’Etat islamique et leurs femmes en les considérant comme des « ennemis de la nation » qui doivent être traduits en justice, que ce soit en Syrie ou en Irak, comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. La ministre française de la Justice a confirmé que son pays restaurera les combattants sur la base du principe du « cas par cas ».

La position de Berlin ne différait guère, le ministère allemand de l’Intérieur ayant indiqué que tous les combattants de l’Etat islamique dotés de la nationalité allemande avaient le droit de rentrer ; Cependant, ils ne peuvent les récupérer sauf si les visites consulaires deviennent autorisées pour eux.

De même que la Suisse, qui, selon les propos de la ministre de la Justice, Karen Claire Sutter, a souligné que son pays ne s’opposait pas au retour de ses citoyens, mais seulement s’ils étaient jugés conformément aux normes internationales dans le pays où ils avaient commis leurs crimes.

La Belgique a confirmé qu’elle recevrait les enfants belges capturés en Syrie, âgés de moins de 10 ans, en mettant l’accent sur sa réticence à recevoir des combattants.

Les Options et les alternatives

À la lumière des défis et des difficultés liés au renvoi de ces combattants dans leur pays d’origine pour y être jugés, Il existe de nombreuses autres options et les chances de succès varient, notamment :

– Possibilité de renvoyer les procès à un tiers disposé à les condamner.
L’Irak a annoncé le 21 février qu’il avait reçu plus de 150 terroristes du SDF, y compris des dirigeants, Quatre jours plus tard, le président irakien Barham Saleh a annoncé de la France que l’Irak jugerait, conformément à ses lois, 13 combattants français arrêtés par les services de renseignements irakiens au cours d’une opération de sécurité en Syrie ; recherchés par la justice irakienne pour crimes terroristes. Les autorités françaises ne se sont pas opposées à cette annonce, car Poursuivre ces Français en Irak est pratique pour le gouvernement français, tant que leur retour et leur intégration sont presque impossibles.

Depuis le début de cette année, les tribunaux irakiens ont condamné plus de 300 djihadistes, dont 100 étrangers, à la peine capitale ou à l’emprisonnement à perpétuité. Mais ces procès suscitent de vifs débats et différends politiques et juridiques internes et suscitent des objections de la part de pays européens et d’organisations de défense des droits de l’homme contre certaines des condamnations prononcées envers les accusés. Ils ont constaté le manque de justice dans ces procès et se sont inquiétées du fait que des détenus étrangers djihadistes pourraient être torturés dans des prisons irakiennes. En outre, la corruption généralisée dans les institutions iraquiennes qui a permis la libération des membres de l’Etat islamique iraquiens en versant des pots-de-vin, cela pourrait offrir des opportunités similaires à ces étrangers.

-L’option de déplacer certains des combattants les plus militants dans le camp américain de Guantánamo Bay, Cuba

Il y a un an, le gouvernement américain était controversé sur la possibilité d’extraire des combattants étrangers détenus pour comparaître devant des tribunaux civils ou de les incarcérer dans des prisons militaires à Guantánamo. Cependant, les commandants militaires américains n’étaient pas enthousiastes face à la deuxième option, 16 ans après la création de la prison, le procès des prisonniers de Guantánamo se heurte encore à des obstacles bureaucratiques et politiques qui empêchent leur libération, c’est pourquoi Le Pentagone hésite à revenir aux années de détention prolongée.

D’autre part, les pays européens ne préfèrent pas les poursuivre en Amérique à cause de la peine de mort qui y est appliquée, mais ils ont tendance à les garder en Syrie, de peur qu’ils ne retournent en Europe, ce qui les amène à être cléments pour les y envoyer, et c’était l’option préférée par Trump, Mais il se retira sous la pression de l’armée pour demander aux Alliés de restaurer leurs citoyens.

-L’option de créer un tribunal international pour ces prisonniers

Dans le cadre de ses efforts pour trouver une solution au problème des prisonniers étrangers, l’administration autonome kurde en Syrie a proposé la création d’un tribunal international spécial chargé de juger les zones sous son contrôle. Cela a été compensé par un rejet catégorique de l’idée par les Américains.

La proposition de l’administration kurde est conforme aux idées avancées par les pays européens, en particulier la Belgique, visant à créer un tribunal international spécial pour juger les étrangers en Syrie. Bien qu’il s’agisse d’un précédent juridique, selon des experts cela ne sera pas facile du tout et nécessite un équipement logistique en termes de sélection des sièges de la cour et de détermination des mécanismes de son travail. Ainsi que la mise en place de centres de détention et le mécanisme de mise en œuvre des jugements à rendre par ce tribunal. La mise en place d’un tribunal international peut également nécessiter la participation du régime syrien, mais cela pourrait créer des tensions du fait que d’autres pays rejettent explicitement la légitimité du régime.

En conclusion, la question des prisonniers étrangers restera stressante pour les pays européens et tendue dans ses relations avec les États-Unis d’Amérique. Sous l’accent mis par le président Trump sur la résolution du problème, ces pays, qu’ils soient satisfaits ou non, devront rechercher des solutions possibles pour que la relation avec Washington ne soit pas tendue et que ISIS ne revienne pas à la récupération.
Par conséquent, la possibilité de créer un tribunal international pour juger les détenus avant qu’ils ne soient renvoyés dans leur pays d’origine apparaît nécessaire et peut éventuellement s’imposer pour assurer l’exigence de justice, la garantie des normes juridiques et humanitaires nécessaires et une option à la mesure du caractère transnational de ISIS et de ses détenus de plusieurs pays. À tout le moins, ce tribunal peut effectuer le tri et déterminer quels sont les prisonniers les plus dangereux et ceux qui peuvent être réhabilités et intégrés dans la société après son procès. Mais son utilisation reste soumise à l’accord des pays concernés sur un plan clair qui détermine le sort des prisonniers de l’Etat islamique.

En outre, nous pensons qu’il est nécessaire de « mettre en place une stratégie globale de lutte contre l’extrémisme violent » consistant en trois programmes interdépendants : le premier est la prévention du radicalisme, le deuxième est la réhabilitation et le troisième est préventif, basé sur une intervention précoce pour empêcher les individus et les communautés de s’engager dans l’extrémisme violent.

Grâce à cette stratégie, un partenariat et une synergie étendus peuvent être établis entre tous les acteurs aux trois niveaux : État, supra-État, sous-État, En construisant un vaste « réseau » de relations mondiales pouvant « confronter » des groupes et organisations terroristes, ainsi que les dangers que les combattants terroristes étrangers peuvent poser à leurs pays et à la paix et à la sécurité mondiales.

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