Entre rumeurs d’assassinat et survivances inattendues
Trois campagnes de frappes israéliennes, trois annonces de sa mort… et à chaque fois une réapparition. Le général Esmail Qaani, commandant de la Force Al-Qods — la branche extérieure du Corps des Gardiens de la révolution islamique — s’est progressivement imposé comme l’une des figures les plus mystérieuses du conflit régional. Sa capacité à survivre à plusieurs tentatives présumées d’élimination soulève une question centrale : s’agit-il d’une succession de coïncidences extraordinaires, ou existe-t-il des facteurs plus complexes expliquant ces survivances ?
Une série d’annonces de mort suivies de réapparitions
En octobre 2024, alors que Beyrouth subit d’intenses bombardements israéliens visant la banlieue sud, plusieurs médias israéliens annoncent la mort de Qaani. Le silence du Hezbollah, évoquant une perte de contact avec lui, renforce ces spéculations. Pourtant, douze jours plus tard, il réapparaît publiquement à Téhéran, en larmes lors des funérailles d’un haut responsable militaire iranien.
Un scénario similaire se reproduit en juin 2025, lors de ce qui a été appelé la « guerre des douze jours ». Le journal The New York Times, citant des sources iraniennes anonymes, rapporte que Qaani aurait été tué lors d’une frappe visant le siège de la Force Al-Qods. Là encore, il réapparaît quelques jours plus tard, souriant devant ses partisans, coiffé d’un béret noir et participant à des rassemblements publics.
Dans le conflit actuel déclenché le 28 février, l’aviation israélienne aurait ciblé une réunion militaire de haut niveau à Téhéran autour du guide suprême Ali Khamenei. L’attaque aurait provoqué la mort de plusieurs dirigeants majeurs, dont le chef des Gardiens de la révolution Mohammad Bagheri. Le sort de Qaani demeure toutefois incertain : aucune annonce officielle de sa mort n’a été faite, mais il n’est pas réapparu non plus depuis l’attaque.
Théories et spéculations : agent du Mossad ou simple survivant ?
Ses disparitions et réapparitions successives ont alimenté de nombreuses théories sur les réseaux sociaux. La plus spectaculaire évoque la possibilité que Qaani soit un agent infiltré du Mossad.
Fait notable, le Mossad lui-même a tenté de répondre à ces spéculations en publiant sur son compte officiel en persan une déclaration affirmant que Qaani n’est pas un agent israélien — une dénégation qui a paradoxalement renforcé les rumeurs au lieu de les faire taire.
Lors d’une interview télévisée en octobre 2025, Qaani avait lui-même commenté ces rumeurs en affirmant que « le régime sioniste diffuse des informations sur mon assassinat afin d’inquiéter mes proches et de les pousser à me contacter, ce qui permettrait de localiser ma position ».
Le chercheur Menashi Amir, spécialiste du Moyen-Orient, estime que l’explication la plus probable reste celle du hasard, tout en rappelant que les services israéliens ont historiquement réussi à infiltrer les cercles les plus proches de dirigeants et d’organisations ennemies. Il cite notamment plusieurs précédents célèbres, comme Ashraf Marwan, gendre du président égyptien Gamal Abdel Nasser, considéré comme un agent du Mossad, ou encore les informations ayant conduit à l’élimination de dirigeants tels qu’Abbas Moussaoui ou le scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh.
Au-delà de la question de sa survie : le déclin de l’influence régionale
Pour certains analystes, la question essentielle n’est toutefois pas de savoir si Qaani est vivant ou mort, mais plutôt l’ampleur réelle de l’influence qu’il conserve.
Selon Ali Alfoneh, spécialiste des forces armées iraniennes à l’Institut des États arabes du Golfe à Washington, l’architecture régionale que supervisait autrefois la Force Al-Qods s’est considérablement affaiblie.
Il souligne que le Hamas à Gaza a été largement neutralisé, que le Hezbollah au Liban a été fortement affaibli, et que les Houthis au Yémen restent aujourd’hui le seul acteur encore actif dans cet axe, mais sans capacité stratégique comparable.
Dans ce contexte, Qaani apparaît aujourd’hui, avec le commandant de la marine iranienne Alireza Tangsiri, comme l’un des derniers hauts responsables iraniens figurant encore sur les listes de cibles israéliennes sans avoir été officiellement éliminé.

