Pourquoi l’Espagne est-elle la seule à s’opposer à la guerre contre l’Iran en Europe ?

Mar 10, 2026 | Europe, Les rapports

Alors que la plupart des pays ont répondu « oui » ou ont choisi le silence après les frappes menées par les États-Uni et Israël contre l’Iran, un seul pays européen a décidé de s’opposer publiquement au président américain Donald Trump : l’Espagne.

C’est la position adoptée par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dans l’une des crises internationales les plus complexes depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Dans une Europe où de nombreux gouvernements privilégient la prudence et l’ambiguïté, Madrid a choisi la confrontation directe avec Washington, acceptant d’en assumer les conséquences. La question se pose alors : qu’est-ce qui rend la position espagnole si différente ?

Quatre « non » face à Trump

L’Espagne ne s’est pas limitée à refuser l’utilisation de ses bases militaires par les avions américains se dirigeant vers l’Iran pour se ravitailler en carburant. Pedro Sánchez est allé plus loin en prononçant un discours remarqué dans lequel il a formulé quatre refus successifs :

 • Non à la guerre

 • Non à l’effondrement du droit international

 • Non à l’idée que les problèmes du monde ne peuvent être résolus que par les bombes

 • Non à la répétition des erreurs du passé

Cette dernière référence faisait clairement allusion à la guerre d’Irak en 2003.

Selon Radio France, Donald Trump a réagi vivement, menaçant de suspendre les relations commerciales entre les États-Unis et l’Espagne. Lors d’une réunion avec le chancelier allemand Friedrich Merz, il est même allé plus loin en affirmant que les États-Unis pourraient utiliser les bases militaires espagnoles « avec l’accord de Madrid ou sans lui ».

La réaction allemande a surpris Madrid : Merz n’a pas défendu l’Espagne face à ces menaces et a même critiqué la position espagnole devant Trump, ce qui a conduit le gouvernement espagnol à transmettre officiellement son mécontentement à Berlin.

Des racines historiques : l’ombre de la guerre d’Irak

Pour comprendre la position espagnole actuelle, il faut remonter à 2003. À cette époque, le gouvernement conservateur de José María Aznar avait soutenu la guerre en Irak malgré une forte opposition populaire.

Moins d’un an plus tard, après les attentats de Madrid en mars 2004, les socialistes arrivèrent au pouvoir et retirèrent immédiatement les troupes espagnoles d’Irak, rejoignant la France et l’Allemagne dans leur opposition à la guerre.

Le Premier ministre de l’époque, José Luis Rodríguez Zapatero, ainsi que son ministre des Affaires étrangères Miguel Ángel Moratinos, comptent aujourd’hui parmi les proches de Pedro Sánchez. Cette continuité politique explique pourquoi la position actuelle de l’Espagne ne relève pas simplement d’un opportunisme politique, mais s’inscrit dans une tradition historique du Parti socialiste espagnol opposée aux interventions militaires.

Des calculs politiques internes

Cependant, l’explication n’est pas uniquement historique. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) traverse actuellement une période difficile, marquée par un recul dans les sondages et plusieurs scandales politiques.

Dans ce contexte, l’opposition à la guerre menée par les États-Unis et Israël peut aussi servir d’outil politique pour mobiliser l’électorat de gauche et tracer une ligne de démarcation claire face au parti d’extrême droite Vox, souvent perçu comme plus proche des positions de Donald Trump.

Malgré cela, la position espagnole repose aussi sur une cohérence politique plus large. Madrid a :

 • reconnu l’État de Palestine avant la France,

 • refusé la pression américaine visant à porter les dépenses militaires à 5 % du PIB, jugées excessives,

 • et rejeté la guerre contre l’Iran comme prolongement logique de cette orientation diplomatique.

Une Europe prudente et divisée

Au niveau européen, les analystes décrivent la situation comme « cinquante nuances de prudence ».

 • La France évoque la diplomatie tout en déployant un porte-avions.

 • L’Allemagne exprime son inquiétude tout en évitant toute confrontation directe.

 • La plupart des autres États observent la situation dans un silence prudent.

Ainsi, Madrid s’est retrouvée presque seule face aux critiques de Washington, sans véritable soutien européen.

Cette situation soulève une question fondamentale :

si l’Espagne a tort, pourquoi aucun pays ne le dit ouvertement ?

et si elle a raison, pourquoi aucun État européen n’ose la rejoindre ?

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