Pourquoi la Turquie a-t-elle échappé aux frappes iraniennes malgré les bases américaines ?

Mar 4, 2026 | Les rapports

Au milieu des vagues de frappes de représailles iraniennes qui ont ciblé Israël, la Jordanie, l’Irak et les six pays du Golfe, un phénomène frappant a émergé : la Turquie, qui abrite des bases militaires américaines et de l’OTAN sur son territoire, est sortie indemne de ces attaques.

Alors, ce calme est-il volontaire ou le résultat de calculs stratégiques précis ? Les analystes répondent clairement : ce n’est en aucun cas une coïncidence, selon ce qu’a rapporté le journal français 20 Minuten.

Deux bases que Téhéran n’ose pas toucher

Les États-Unis disposent de deux sites stratégiques en Turquie : la base aérienne d’Incirlik, près de la ville d’Adana, au sud du pays, utilisée dans le cadre de l’OTAN, et la base de Kürecik, au centre du pays, qui abrite un radar du système d’alerte précoce capable de détecter le lancement de missiles iraniens. Bien qu’Ankara ait toujours nié l’utilisation israélienne de ce radar, sa simple présence a souvent irrité Téhéran.

Cependant, l’irritation reste une chose, et l’attaque en est une autre. Comme l’indique Gonul Tol de l’Institut du Moyen-Orient de Washington : « Les responsables iraniens ont peut-être évoqué par le passé Kürecik comme une source de dérangement, mais à ce stade, attaquer un pays membre de l’OTAN comme la Turquie serait un pari extrêmement risqué. »

L’OTAN… une ligne rouge à ne pas franchir

Le spécialiste iranien à l’Université d’Ankara, Arif Keskin, précise les calculs iraniens : « Une action militaire contre la Turquie pourrait provoquer une riposte de la part d’Ankara et conduire le conflit au-delà de ce qui peut être contenu. » Le plus inquiétant est que cibler un membre de l’OTAN pourrait activer l’article 5 du traité de l’OTAN, qui considère qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous, augmentant ainsi « le coût stratégique à un niveau que l’Iran ne pourrait pas supporter », explique Keskin.

Il convient de noter la sensibilité du sujet en interne pour Ankara ; trois journalistes turcs ont été arrêtés samedi dernier pour avoir « violé la sécurité nationale » après avoir publié des photos de la base d’Incirlik après le début des frappes contre l’Iran.

Le lundi, les autorités turques ont rapidement démenti les rumeurs qui circulaient sur les réseaux sociaux concernant une « attaque contre une base américaine en Turquie », assurant qu’aucune base « étrangère » n’existait sur leur sol et que le pays n’avait subi aucune attaque.

La Turquie… le dernier pont de négociation

Mais les calculs iraniens ne se limitent pas à la crainte d’une réponse militaire. Selon Serhan Afajan, directeur du Centre d’études iraniennes à Ankara, « l’Iran n’a aucune intention de cibler quoi que ce soit en Turquie. Les risques seraient beaucoup trop élevés, tant politiquement que militairement, en plus de fermer l’une des dernières voies de négociation possibles. »

Il ajoute : « L’Iran tient à préserver le rôle de médiation potentiel de la Turquie en vue d’une désescalade. L’attaquer compromettrait cette possibilité à un moment où le dialogue reste crucial. »

Effectivement, Ankara a déployé d’intenses efforts diplomatiques, mais discrets, pour éviter que la guerre n’éclate avant samedi dernier, cherchant à maintenir une position neutre, misant sur le fait de devenir le pont par lequel tout dialogue futur pourrait passer.

Dans un contexte où toutes les lignes rouges s’effondrent progressivement, la Turquie apparaît comme une exception, non pas créée par des principes, mais par la géographie et les calculs froids combinés.

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