1. Contexte et origines du conflit
La province de Cabo Delgado est marquée par de forts déséquilibres : elle abrite une large partie de la communauté musulmane du pays, est riche en ressources naturelles (gaz, rubis) mais reste l’une des plus pauvres en termes de service public et d’infrastructures.
Le groupe armé local, initialement connu sous le nom de Ahlu Sunna wa Jama’ah (ASWJ) ou « al-Shabab » au Mozambique, a émergé vers 2017 dans cette région, avant de revendiquer une affiliation à l’EI.
Ce mouvement s’est nourri de l’insatisfaction locale : marginalisation socio-économique, manque d’accès aux services de base, absence de perspectives d’emploi pour les jeunes, sentiment d’injustice identitaire.
2. Les dynamiques de l’insurrection
Le conflit ne se résume pas à une simple montée de l’islamisme : il s’inscrit dans une crise plus large de l’État, de légitimité et de service public. Comme l’indique l’étude : « la capacité de l’État à exercer le monopole de la violence physique et à fournir des services est défaillante dans la région ».
Militairement, le groupe a profité d’un terrain favorable (« zones grises ») : éloignement des centres de pouvoir, conditions de terrain difficiles, vulnérabilité des populations. L’insurrection a aussi ciblé les infrastructures publiques et l’économie locale (routes, ports, villages) afin de fragiliser l’État.
Sur le plan idéologique, la connexion à l’EI semble plus symbolique que hiérarchique : l’ASWJ/Mozambique semble prendre ses propres décisions tout en bénéficiant d’une aura ou d’un appui indirect.
3. L’impact socio-économique et humanitaire
Le bilan est lourd : des centaines de milliers de déplacés internes, de nombreuses agences évoquent un retour lent de certains mais des conditions de vie très précaires.
Les infrastructures (écoles, hôpitaux, eau, routes) sont fortement affectées, ce qui amplifie la crise de légitimité de l’État et offre un terrain fertile au recrutement ou à l’implantation de l’insurrection.
De plus, le choc des investissements (notamment gaziers) rend la situation plus complexe : un projet de méga-gaz a été suspendu à la suite d’attaques. Ce double effet « richesse naturelle + conflit » est souvent qualifié de « malédiction des ressources ».
4. Facteurs aggravants et lien avec l’arrêt de l’aide américaine
Un élément crucial est l’arrêt ou la réduction d’importants programmes de développement et d’aide internationale. Lorsqu’un soutien externe vital s’interrompt, cela creuse le vide institutionnel et sécuritaire.
Les conséquences sont multiples : affaiblissement des capacités de l’État à répondre aux besoins de la population, vulnérabilité accrue des jeunes sans emploi, du rôle accru des groupes armés comme « alternative ».
Ainsi, l’interruption ou la forte contraction de l’aide n’est pas nécessairement la cause unique, mais elle fonctionne comme un catalyseur du retour ou de la montée de l’insurrection.
5. Enjeux géopolitiques et sécuritaires
Sur le plan régional, la situation à Cabo Delgado constitue un risque de contagion vers les pays voisins (Tanzanie, Afrique du Sud, etc.).
Déclarer l’organisation terroriste (designated FTO) comme l’a fait les États-Unis permet des effets symboliques et financiers, mais pose des défis : humanitaires, de désarmement, de réinsertion, car cela peut compliquer les opérations de paix ou d’aide.
6. Perspectives et recommandations
Pour limiter et inverser la dynamique d’insurrection, plusieurs pistes s’imposent :
• Renforcer la capacité de l’État à fournir des services de base (santé, éducation, eau), particulièrement dans les zones marginalisées.
• Engager un développement économique inclusif, ciblé sur les jeunes, pour créer des alternatives au recrutement.
• Coupler des mesures de sécurité avec des programmes de résilience communautaire, culturels, sociaux, pour restaurer le lien entre l’État et la population.
• Assurer une aide extérieure stable et bien coordonnée tout en évitant de créer une dépendance ou un effet-choc à l’arrêt.
• Sur le plan régional, renforcer l’intelligence, la coopération transfrontalière, car le groupe opère dans des zones mobiles, souvent littorales ou maritimes.

