Mali–France : la rupture sécuritaire qui relance la menace terroriste

Oct 2, 2025 | Afrique, Europe, France, Les rapports, Terrorisme

Dans une escalade tendue, le Conseil militaire au pouvoir au Mali a décidé de mettre fin à la coopération en matière de lutte contre le terrorisme avec la France et a exigé le départ de cinq diplomates français. Cette décision a été décrite comme une complication supplémentaire dans la crise qui oppose les deux pays depuis 2020.

Cette rupture, conjuguée au recul de l’influence française dans la lutte contre le terrorisme, alimente les craintes internationales d’un retour en force des groupes extrémistes au Mali et dans les pays du Sahel, avec la reprise du commerce des otages qui avait constitué la principale source de financement d’Al-Qaïda dans la région durant la première décennie des années 2000.

Certains redoutent même une avancée de ces groupes vers la capitale Bamako afin de relancer le projet de « califat islamique » en Afrique.

La fin de la coopération antiterroriste, dans un contexte d’absence de soutien russe et de désintégration des forces africaines de sécurité, laisse le Mali isolé et limité dans ses moyens face aux groupes islamistes armés. Le risque est que ces derniers finissent par s’imposer sur de vastes territoires, voire par menacer directement Bamako.

Une histoire qui remonte à 13 ans

Le Mali souffre depuis longtemps de la présence de groupes extrémistes affiliés à Al-Qaïda. Le pic de leur influence est survenu en 2012, lorsque ces organisations ont pris le contrôle du centre et du nord du pays et ont avancé vers Bamako pour en faire la capitale d’un État islamique. Leur progression n’a été stoppée que grâce à l’intervention militaire française à travers les opérations Serval puis Barkhane, qui ont repoussé les terroristes et restreint leur présence à certaines zones du nord et de l’ouest.

Si ces opérations ont permis de neutraliser des chefs importants et de libérer des territoires en 2013-2014, elles n’ont pas suffi à éradiquer la menace. Les groupes se sont réorganisés et, en 2017, ont fusionné au sein de la Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), étendant leur réseau dans tout le Sahel.

En 2020, un groupe d’officiers menés par le colonel Assimi Goïta a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, invoquant l’échec face aux terroristes et la dépendance à Paris. Goïta a exigé le départ des troupes françaises, ce qui s’est concrétisé le 15 août 2022 avec le retrait du dernier soldat. S’érigeant en défenseur de la souveraineté, il s’est imposé comme chef incontesté jusqu’en 2030, sans légitimité populaire réelle.

La France n’a pas seulement quitté le Mali, mais également le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et la Guinée, créant un vide sécuritaire. Les forces maliennes, trop limitées, n’ont pu compenser ce retrait, et les attaques terroristes se sont multipliées dans les années suivantes.

L’extension de la JNIM

Selon l’Indice mondial du terrorisme 2023, le Burkina Faso s’est classé deuxième pays le plus touché après l’Afghanistan, tandis que le Mali et le Niger figuraient aussi parmi les dix premiers. En 2024, près de 19 % de toutes les attaques terroristes mondiales et plus de la moitié des décès liés au terrorisme se sont produits dans le Sahel (rapport GTI 2025, Institute for Economics & Peace).

En août 2025, la JNIM a pris le contrôle d’une base militaire à Farabougou (région de Ségou) et bloqué les routes vers Inior et Kay, à la frontière mauritanienne. Le 23 septembre 2025, elle a revendiqué la mort de trois soldats maliens lors d’attaques contre deux postes à Ségou, s’emparant d’armes et capturant une soixantaine de soldats maliens et burkinabè. La tendance montre une montée en puissance continue de ces groupes.

Pourquoi l’échec de la lutte antiterroriste au Mali ?

 1. Manque de moyens et de renseignement:  absence d’informations précises, faiblesse des infrastructures de sécurité, manque de financement et de logistique.

 2. Absence de coopération régionale : le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la force conjointe du G5 Sahel (5 000 hommes) a réduit son efficacité.

 3. Adaptabilité des groupes armés : recours aux tactiques de guérilla, attentats-suicides, réseaux transfrontaliers, dissimulation parmi les civils, usage d’engins explosifs improvisés sophistiqués.

Les groupes terroristes les plus actifs

La Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), créée en 2017, est aujourd’hui l’acteur central. D’après la BBC, elle a revendiqué plus de 240 attaques entre janvier et mai 2025, soit deux fois plus que l’année précédente.

La JNIM est née de la fusion de quatre groupes : Ansar Dine, la Katiba Macina, Al-Mourabitoun et la branche sahélienne d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Elle est dirigée par Iyad Ag Ghali, un Touareg ancien diplomate et chef rebelle, avec comme adjoint Amadou Koufa, chef de la Katiba Macina et figure influente chez les Peuls.

Leur objectif déclaré reste l’application de la charia et l’établissement d’un État islamique, à travers un réseau de « katibas » opérant dans tout le Sahel.

Mots clés :france | Mali | terrorisme
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