L’Europe traverse un moment crucial dans son histoire diplomatique, tentant d’éviter une catastrophe humanitaire et militaire en Iran. La situation désastreuse place l’Europe dans une position inconfortable : soit elle agit vigoureusement et efficacement pour arrêter la catastrophe et empêcher une intervention militaire américaine susceptible d’enflammer toute la région, soit elle accepte son rôle marginal de spectateur impuissant d’une crise qui se joue à ses portes.
Le président Donald Trump a mis en garde l’Iran contre l’exécution des manifestants, déclarant que les États-Unis prendraient « des mesures fermes » en réponse à cela. La Grande-Bretagne a annoncé qu’elle imposerait davantage de sanctions à l’Iran, tandis que la Belgique a exprimé sa volonté de discuter de nouvelles sanctions européennes, et plusieurs autres pays ont convoqué les ambassadeurs iraniens dans leurs pays.
Le dilemme européen : entre pression morale et prudence stratégique
Le momentum européen en faveur de l’inscription du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) sur la liste des organisations terroristes se renforce, ce qui montre un rejet fort de la répression. Cependant, cette décision nécessite un consensus. Inscrire le CGRI sur la liste du terrorisme de l’Union européenne le mettrait au même niveau que des groupes comme Daech, Al-Qaïda, le Hamas et le Jihad islamique palestinien. Selon les diplomates à Bruxelles, des pays comme l’Allemagne et les États baltes font pression pour relancer les discussions sur cette question après la violence extrême exercée contre les manifestants.
Cependant, il existe de réelles difficultés. La France, l’Espagne et l’Italie restent prudentes, arguant que l’inscription pourrait mettre en danger les canaux nécessaires pour libérer les détenus dans ce qui est appelé « la diplomatie des otages ».
Les menaces militaires de Trump : une pression croissante
La pression américaine place l’Europe dans une situation délicate. Des rapports de renseignement américains récents indiquent que l’Iran se prépare à cibler les bases américaines au Moyen-Orient, y compris celles en Irak et en Syrie, si Trump lance des frappes militaires.
Trump a évoqué des options pour des frappes limitées, plutôt que des opérations plus intensives qui risqueraient d’entraîner les États-Unis dans un conflit plus large. Mais il existe des niveaux de confiance variables parmi les responsables de la sécurité nationale quant à savoir si ces frappes limitées changeront véritablement la situation sur le terrain d’une manière qui favorisera l’opposition.
Les opinions des analystes : entre action et mise en garde
Les analystes estiment que la crise iranienne n’est plus accidentelle, mais bien structurelle, les troubles populaires continuant de défier les fondements de l’État religieux. Bien que les acteurs extérieurs ne puissent pas déterminer l’avenir de l’Iran, ils avertissent des conséquences d’une intervention militaire américaine. Un responsable américain a déclaré : « Beaucoup pensent qu’une grande action à ce stade minerait les manifestations. » Si Trump tuait le Guide suprême Ali Khamenei, par exemple, il est probable que le remplacement serait un système militaire dirigé par le CGRI, qui serait mieux positionné pour prendre le contrôle, en raison du manque d’organisation et de leadership dans le mouvement de protestation.
Les options limitées de l’Europe
L’Union européenne pèse maintenant davantage de gels d’actifs et d’interdictions de visas contre les responsables de la répression des manifestants iraniens, et des mesures pourraient être prêtes pour la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union le 29 janvier à Bruxelles. On ne prévoit pas de sanctions sectorielles, mais il a été question que la décision d’ajouter le CGRI à la liste des organisations terroristes – ce qui signifierait qu’un certain nombre de responsables du CGRI pourraient être arrêtés s’ils foulaient le sol d’un État membre de l’UE – serait largement symbolique.
Le 5 janvier 2026, le navire Bela 1 a été intercepté par les États-Unis, avec le soutien du Royaume-Uni. En septembre 2025, les sanctions sous l’accord nucléaire iranien de 2015 sont entrées de nouveau en vigueur, après que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne les aient réactivées. Les trois gouvernements ont déclaré que l’Iran était dans un « manquement majeur » à l’accord.
Course contre le temps et la mort
L’Europe fait face à un véritable test de sa capacité à agir en tant que force diplomatique indépendante. Le dilemme européen est clair : comment arrêter un massacre sans déclencher une guerre régionale ? Comment exercer une pression réelle sur un régime qui tue brutalement son peuple, tout en évitant de donner une excuse à Trump et Netanyahu pour lancer des frappes militaires qui pourraient plonger la région dans le chaos ?
Le succès européen ne sera pas seulement mesuré par le nombre de sanctions imposées ou de décisions prises, mais par sa capacité à éviter une catastrophe humanitaire plus grande et à prévenir une guerre qui aurait des conséquences catastrophiques pour toute la région. C’est un test de la véritable influence européenne, et peut-être des valeurs que l’Union européenne prétend défendre.

