Les répercussions de l’assassinat du président tchadien sur la situation dans les pays du Sahel

Avr 30, 2021 | Études

Idriss Déby Itno, qui était bien placé pour remporter un sixième mandat à la présidence du Tchad avant sa mort des suites de blessures subies au combat, a acquis une bonne réputation sur le fond qu’il était un allié fidèle de la France dans la lutte contre les groupes djihadistes dans le Sahel.

Déby a eu le privilège d’être l’homme de la France au Tchad et dans la région, après son arrivée au pouvoir en 1991 pour sauver le pays du régime du dictateur Hissène Habré, et a été accusé de tyrannie après que son règne ait duré 30 ans. La force du pouvoir de Déby se compose de l’armée, principalement des forces du groupe ethnique Zaghawa auquel il appartenait. Le Tchad est dans un  milieu d’une lutte de pouvoir interne et d’un état d’incertitude politique, sécuritaire et sociale, et les dépenses de défense représentent entre 30 et 40% de son budget annuel.

Après la mort de Déby, l’armée a rapidement nommé son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, chef par intérim du Tchad, le conseil de transition, qui a été mis en place le jour même de l’annonce du décès du président, s’est engagé à tenir des élections dans les 18 mois. Si l’on prend en compte la possibilité que le fils de Deby ne renonce pas à son poste, cela pose une question sur le cours de la situation au Tchad, notamment avec la présence des forces armées d’opposition tchadiennes à l’intérieur des territoires tchadiens, et leur proximité avec des forces vitales, zones et villes stratégiques telles que Kanem et Bahr El Ghazal.

L’ami de la France

Deby est considéré comme un allié clé de l’Occident dans la lutte contre l’extrémisme violent, et il a dirigé ce qui est considéré comme la force de sécurité la plus puissante de la région, avec le soutien français et américain, dans la lutte contre les militants islamistes qui déstabilisent le Nigéria, le Mali et les pays voisins.

Déby avait un fort soutien de la France, surtout en 2008 et 2019 l’aide de l’armée française à vaincre les rebelles qui ont tenté de le renverser. “Nous avons pleinement protégé un allié clé dans la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel”, a déclaré la ministre française de la Défense Florence Parly au Parlement en 2019.

Deby a soutenu l’intervention française dans le nord du Mali en 2013 pour repousser les djihadistes, et l’année suivante il avait intervenu pour mettre fin au chaos en République centrafricaine. Les experts considèrent que les soldats tchadiens sont les plus forts du groupe des cinq pays de la région du Sahel, le bloc régional qui s’est transformé en alliance militaire à la demande de Paris en 2017, rassemblant des forces du Mali, du Niger, du Tchad, du Burkina Faso et Mauritanie. En 2015, Déby a lancé une offensive régionale au Cameroun, au Nigéria et au Niger contre les djihadistes de Boko Haram basés au Nigéria, alors que N’Djaména était le siège de la base antiterroriste française dans la région depuis sept ans.

La mort de l’homme fort à N’Djamena a été un coup dur pour la guerre menée par la France contre les groupes djihadistes, car il était un allié africain important dans la lutte contre l’extrémisme. Le Tchad est non seulement l’armée régionale la plus importante combattant aux côtés des forces françaises Barkhane,  de 5000 hommes, au Sahel, mais il est également l’acteur principal de la lutte de dix ans contre les djihadistes de Boko Haram.

La stabilité avant la démocratie

L’approche pragmatique de Déby contre les djihadistes et son armée hautement compétente a encouragé la France et les États-Unis à fermer les yeux sur la répression et la corruption endémiques qui ont laissé le pays riche en pétrole parmi les plus pauvres du monde. En 30 ans, Déby s’est fait le centre indispensable d’un réseau de liens politiques et sécuritaires qui s’étend à toute cette région. La France s’est fortement appuyée sur Déby et son appareil militaire et sécuritaire en général, et il a toujours été considéré comme l’épine dorsale de l’alliance militaire française dans la région du Sahel, mais cette épine dorsale est maintenant en danger.

Le ministre français des Affaires étrangères a défendu la nomination inconstitutionnelle du fils de Deby au nom de la stabilité malgré les protestations de l’opposition tchadienne, car pour la France, le Tchad est une région vitale dont la stabilité ne peut être compromise en raison de son importance stratégique qu’il est la première ligne de défense face à des terroristes comme ceux  venant de la Libye et d’al-Qaïda en Afrique du Nord, qui se répand dans les déserts du Mali, du Niger et Boko Haram du Nigéria, le président du Tchad a eu le rôle le plus important dans la défaite de ces groupes  terroristes  à travers une force conjointe avec la France dirigée par son fils, le général Mahamat Idris nommé président par intérim.

Tous les pays voisins se sont précipités pour confirmer son règne en l’approuvant comme président du pays à travers la présence internationale massive des cérémonies funéraires présidées par le président français Emmanuel Macron, le président du Conseil de souveraineté soudanais Abdel Fattah al-Burhan, les présidents du Niger et du Mali, et des représentants d’Algérie, d’Afrique centrale et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique subsaharienne.

Ces partis donne de l’importance à l’instauration de la sécurité et à ne pas répéter ce qui s’est passé en Libye, car la sécurité avant   la démocratie dans la situation géopolitique du Tchad en ce qui concerne l’Afrique et les mouvements de groupes terroristes en Libye, Boko Haram et même en Afrique centrale.

Le  Tchad est au centre de la bataille contre le terrorisme  qui se trouve dans les déserts après sa défaite face à Idris, et la détérioration de la sécurité signifiera un retour en force du terrorisme au Nigeria, en Libye, au Mali et au Niger , et personne ne peut échanger la démocratie contre ce chaos dont les caractéristiques, indications et signes d’occurrence sont évidents en l’absence de Deby, ou l’instabilité du Tchad et sa noyade dans une guerre civile le transforme en incubateur et exportateur de terrorisme à la lumière de l’échec et du déclin de l’État tchadien.

Motifs du processus de soutien à la stabilisation

La France est sous des pressions populaires, des organisations internationales et de certains membres de l’Union européenne, en particulier l’Italie et l’Espagne, qui lui  demandent  de renoncer à son soutien aux régimes dictatoriaux en Afrique, qui à leur tour provoquent l’instabilité dans ces pays, et poussent les jeunes vers migration irrégulière vers l’Europe.

La France porte également des charges financières dans son soutien aux régimes tyranniques en Afrique, notamment dans sa guerre contre le «terrorisme», et l’instabilité que ces campagnes militaires ont engendrée dans les pays sahéliens et sahariens et les déplacements de personnes à l’intérieur et à l’extérieur des pays. Ces raisons et d’autres pousseront la France à parrainer un processus de transition démocratique au Tchad tout en y préservant ses intérêts.

La Libye et la mort de Déby

Les liens indirects entre les rebelles tchadiens et le général libyen Khalifa Haftar, qui aurait utilisé les rebelles tchadiens pour sécuriser une base aérienne en Libye, compliquent encore les choses. Haftar a obtenu le soutien de Paris ainsi que des Émirats arabes unis et de la Russie, principal concurrent d’influence de la France dans la République centrafricaine voisine. On pense que le soutien indirect de la Russie à ces rebelles fait allusion à une éventuelle guerre par procuration qui verrait la France perdre la République centrafricaine, et  la Russie pourrait également faire pression contre les intérêts français au Tchad.

Concurrence avec la Russie

La France doit gérer une politique réussie envers ses anciennes colonies qui dépend de la stabilité, qui s’applique au Tchad compte tenu de l’expansion russe et chinoise en Afrique aux dépens des entreprises françaises et de l’influence française, entrainant le déclin de l’influence française dans ces pays, et la possibilité de perdre son influence à long terme dans le cas où l’ancienne politique se poursuivrait à la lumière des interventions chinoises sous le couvert du développement et des partenariats militaires africains avec la Russie, alors que cette dernière avait conclu 19 accords de coopération militaire avec des pays africains, les sociétés d’armement russes sont le plus grand fournisseur d’armes en Afrique, de même que les sociétés d’énergie et de minéraux ont des projets stratégiques au Soudan, en Angola, au Mozambique, au Ghana, au Nigéria, au Cameroun, au Congo et en Afrique centrale.

La Russie a organisé un sommet avec les Africains dans le but d’un  partenariat économique, et  a signé des accords d’un montant de 12 milliards de dollars en 2019. Il convient de noter ici que la Russie a fourni un soutien militaire et logistique au gouvernement centrafricain contre les anti-balaka et la Séléka rebelles dirigés par l’ancien président Bozizé et soutenus par la France via le Tchad en février 2021, les rebelles ont été vaincus grâce au soutien russe et rwandais au gouvernement légitime.

Conclusion

Certes, la France n’abandonnera pas facilement sa présence au Tchad et se battra pour ses intérêts et ne laissera pas l’effondrement de l’établissement militaire, compte tenu du rôle pivot que joue l’armée tchadienne dans la lutte contre le terrorisme dans les pays du Sahel et du Sahara et pour que cet appui se poursuive, la communauté internationale, le groupe sahélo-saharien et les pays de l’Union africaine ne laisseront pas l’État s’effondrer, et la meilleure personne à ce stade sur laquelle la France peut compter pour mener la scène est le fils du défunt.

Il est attendu, selon les déclarations de la France, de l’Union européenne et de l’Union africaine, “dirigée par Moussa Faki, ancien ministre des Affaires étrangères tchadien et allié de Deby”,les choses au Tchad se dirigent vers la stabilité, et il se peut qu’il n’y ait pas d’escalade militaire, et une conférence de réconciliation globale sera organisée au Tchad sous les auspices internationaux.

Le modèle soudanais ou malien peut être appliqué à travers cette conférence, en raison de la similitude de la situation au Tchad avec ces pays à la lumière de la peur des Tchadiens d’un avenir douloureux, surtout si les brigades rebelles décident de continuer à aller vers la capitale, ou les forces politiques de l’opposition bougent contre le nouveau régime dirigé par le fils du président défunt le général Mahamat Idriss Déby, et il n’est pas exclu que les choses soient tendues, notamment avec l’appel des rebelles à l’armée  de débarrasser le Tchad des restes du régime de Déby.

La situation dans l’État centrafricain reste ouverte à toutes les directions, d’autant plus que le président défunt Idriss Déby avait parrainé une médiation entre les dirigeants et les groupes d’opposition qui ont refusé de reconnaître le résultat des récentes élections, et dans le contexte de cette situation, nous trouvons une concurrence entre le Kremlin, qui a pris pied dans les couloirs du pouvoir en Afrique centrale avec des forces militaires de grande taille et entre l’Elysée à Paris, qui cherche  à maintenir son influence dans son ancienne colonie, l’Afrique centrale, par l’intermédiaire de leur allié absent Idriss Deby.

Cependant, en général, la situation en Afrique subsaharienne du Tchad au Darfour en passant par l’Afrique centrale est ouverte aux possibilités de guerre et de stabilité, en fonction du rôle que les grandes puissances joueront dans le soutien des fondements de la stabilité à Khartoum, N ‘ Djamena et Bangui, et si la transition du pouvoir au Tchad échoue, elle peut devenir un autre foyer de conflit, dans les pays du Sahel et du Sahara, qui vivent dans des situations politiques et sécuritaires tendues.

 

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