Le 24 novembre 2025, le président américain Donald Trump a signé un décret ordonnant l’examen du classement de la branche de l’organisation musulmane des Frères musulmans dans trois pays – l’Égypte, l’Jordanie et le Liban. Au même moment, le réseau international des Frères musulmans tenait une réunion à Lahore, au Pakistan, en marge du congrès général de la branche pakistanaise du mouvement.
Cette coïncidence a mis en lumière le caractère tentaculaire du groupe : chaque fois qu’une branche est coupée, une autre surgit, tandis que le « tête » – le Bureau international des Frères musulmans – demeure.
Origines et expansion (1928‑1940)
Fondée en 1928 par Hassan al‑Banna en Égypte, la confrérie crée dès les années 1930 un « Département de liaison avec le monde islamique », première cellule d’expansion hors du pays. Des étudiants arabes et africains fréquentant l’Université du Caire et l’Azhar sont recrutés pour diffuser la doctrine. Al‑Banna envoie également des émissaires en Syrie, au Liban, en Palestine, en Jordanie et ailleurs, afin d’implanter la « graine » des Frères. En 1935, la confrérie compte déjà onze branches, dont Djibouti, la Syrie, le Liban, la Palestine et le Yémen.
De la clandestinité à la diaspora
Après l’assassinat du Premier ministre égyptien Mahmoud al‑Nokrashy (1945) et les tentatives d’assassinat contre d’autres dirigeants, les Frères sont interdits en Égypte. La plupart de leurs cadres fuient vers l’Europe, les États‑Unis et l’Amérique latine, où ils créent des structures de soutien aux communautés musulmanes, tout en poursuivant leurs activités de propagande.
Le renouveau (1972‑1982)
En 1972, les Frères reviennent officiellement en Égypte et reforment le Bureau international, dirigé par des figures comme Mustafa Mashour et Mahmoud Ezzat. En 1982, le Bureau international est officiellement créé à Londres, avec une charte qui définit les organes de gouvernance : le Guide général, le Bureau de guidance mondial, le Conseil consultatif mondial et plusieurs commissions (politique, éducation, femmes, finances, etc.). La branche égyptienne détient la majorité des sièges au Conseil consultatif (environ 30 %).
Fragmentations et rivalités
Après la chute du gouvernement des Frères en Égypte (2013), plusieurs membres du Bureau international sont arrêtés. Certains, comme Mahmoud Hussein, s’exilent et forment une direction parallèle depuis Istanbul. D’autres, comme Ibrahim Munir, restent à Londres. La mort de Munir (2022) a conduit à la nomination de Salah Abd al‑Haq comme Guide par intérim, une décision contestée par Hussein, qui invoque la charte pour revendiquer le poste. Cette querelle a engendré deux factions – l’une à Londres, l’autre à Istanbul – chacune prétendant représenter le véritable Bureau international.
Structure actuelle
Aujourd’hui, le Bureau international, dirigé par Salah Abd al‑Haq, comprend un Secrétaire général (Mahmoud al‑Abiri), un responsable Europe, ainsi que des membres du Conseil consultatif provenant d’Égypte, du Pakistan, de Malaisie, de Turquie, d’Europe, des Amériques et d’autres régions. Des commissions spécialisées (éducation, femmes, jeunesse, politique, etc.) sont chargées de mettre en œuvre la stratégie du groupe.Réaction au décret américain
Face au décret de Trump, les dirigeants du Bureau international se sont réunis à Lahore pour organiser une campagne de lobbying auprès des gouvernements européens et des décideurs américains, afin d’éviter une classification comme organisation terroriste. Ils prévoient également la création de « façades » juridiques et le recrutement de personnalités non affiliées officiellement aux Frères, mais contrôlées en coulisses.

