Plus de 500 frappes militaires en 2025
Moins d’un an après son retour à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a lancé une campagne de frappes militaires sans précédent, touchant au moins sept pays, du Yémen au Nigeria, en passant par l’Iran et le Venezuela. Cette stratégie s’inscrit dans ce que l’on appelle désormais la « doctrine Trump », fondée sur le principe de la « paix par la force ».
Cependant, les résultats sur le terrain révèlent des contradictions flagrantes entre les slogans affichés et la réalité, soulevant des interrogations sur l’efficacité de cette approche et sur son impact auprès de la base électorale de Trump, à qui il avait promis de mettre fin aux « guerres sans fin ».
Des centaines de frappes aériennes
Les États-Unis ont mené des centaines de frappes aériennes à travers le monde cette année. Plus surprenant encore, Donald Trump a autorisé, au cours des cinq premiers mois de son mandat, un nombre de frappes aériennes (529) presque équivalent à celui lancé par son prédécesseur Joe Biden en quatre ans (555), selon le Daily Telegraph et le projet de données sur les conflits armés ACLED. Un niveau d’escalade militaire sans précédent.
La doctrine Trump : frapper vite, se retirer plus vite
En moins de douze mois, les États-Unis ont mené des opérations militaires au Yémen contre les rebelles houthis, en Iran, au large des côtes du Venezuela contre les trafiquants de drogue, ainsi qu’en Syrie et en Somalie contre l’organisation État islamique. Le jour de Noël, l’administration américaine a annoncé une nouvelle cible : les groupes affiliés à l’État islamique au Nigeria.
Après avoir exprimé à l’automne ses inquiétudes concernant la situation des chrétiens dans le nord du pays, la Maison-Blanche est passée à l’action selon une méthode désormais éprouvée.
Qu’est-ce que la « doctrine Trump » ?
Le vice-président américain J.D. Vance a résumé cette doctrine en expliquant la frappe menée par des bombardiers furtifs B-2 contre des installations nucléaires iraniennes en juin dernier :
« Ce que j’appelle la doctrine Trump est très simple… Premièrement, nous définissons clairement un intérêt américain, qui est ici d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Deuxièmement, nous tentons de résoudre ce problème par la diplomatie, avec fermeté. Troisièmement, si la diplomatie échoue, nous utilisons une force militaire écrasante pour régler le problème, puis nous nous retirons le plus rapidement possible avant que le conflit ne se transforme en bourbier. »
Pour Vance, dont les convictions ont été marquées par le traumatisme de la guerre d’Irak dans l’opinion publique américaine, cette nouvelle doctrine de politique étrangère « changera le pays (et le monde) pour le mieux ». Donald Trump, quant à lui, la résume par une formule : « la paix par la force ».
La négociation par la menace
Le président américain a célébré cette approche le 13 octobre devant la Knesset israélienne, saluant la première phase de l’accord de cessez-le-feu arraché entre Israël et le Hamas à Gaza.
Dans ce cas précis, l’administration républicaine s’est limitée à la voie diplomatique. Ses envoyés spéciaux, issus du monde des affaires, ont appliqué les principes exposés par Trump dans son livre The Art of the Deal publié dans les années 1980 : lancer des menaces et des exigences extrêmes pour déstabiliser l’adversaire et l’obliger à s’asseoir à la table des négociations. En exerçant une pression exceptionnelle sur Israël et le Hamas, les États-Unis sont parvenus à imposer un cessez-le-feu.
Toutefois, bien que la presse américaine ait largement reconnu la réussite de Trump là où Joe Biden avait échoué, des observateurs ont averti qu’une paix durable nécessiterait une attention constante et des efforts renouvelés.
Menaces contre Moscou et Pékin
La Maison-Blanche semble néanmoins convaincue que l’usage ponctuel de la force suffit à rétablir la dissuasion. Selon des propos tenus par Trump lors d’un dîner de levée de fonds en 2024, rapportés par CNN et le Washington Post, il aurait menacé Vladimir Poutine de bombarder Moscou et adressé un avertissement similaire à Xi Jinping en cas d’attaque contre Taïwan.
Des résultats mitigés sur le terrain
La réalité opérationnelle brosse pourtant un tableau différent. En Iran, la République islamique n’a pas été renversée et son programme nucléaire n’aurait été retardé que de quelques mois.
Au Yémen, après une campagne de 52 jours au printemps, les houthis ont repris leurs activités en mer Rouge, attaquant et coulant plusieurs navires marchands. À Gaza, la trêve fragile est ponctuée d’accusations mutuelles de violations, figeant l’équilibre des forces sans solution politique crédible à ce stade.
Au Venezuela, les menaces de bombardements terrestres après les frappes menées dans les Caraïbes contre les trafiquants de drogue, décidées sans l’approbation du Congrès, n’ont jusqu’à présent pas ébranlé le régime de Nicolás Maduro.
Une contradiction avec le slogan « America First »
Faute de résultats convaincants, la doctrine Trump pourrait affaiblir une base électorale particulièrement sensible aux questions de politique étrangère. « L’ère des États-Unis soutenant seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue », affirmait la Maison-Blanche en décembre, insistant sur la fin des « aventures américaines » et des « guerres sans fin ». Cette vision, connue sous le nom de « America First », entre pourtant en contradiction avec l’intensité des frappes militaires américaines.
Divisions au sein du camp trumpiste
« Ce n’est pas le début d’une guerre, c’est une déclaration de représailles », a défendu le secrétaire à la Défense Pete Hegseth après les frappes en Syrie en réponse à la mort de deux soldats américains.
À l’inverse, le sénateur républicain Rand Paul, figure du Tea Party et partisan d’une nouvelle forme d’isolationnisme, a dénoncé les frappes contre les navires vénézuéliens, les qualifiant de « provocation et de prélude à la guerre ». Il a regretté que « certaines personnes dans l’entourage du président Trump œuvrent secrètement à un changement de régime au Venezuela ».
Pour d’autres encore, les frappes américaines, notamment au Nigeria, ne seraient qu’une diversion destinée à une opinion publique de plus en plus préoccupée par les difficultés économiques.
De grands slogans, des résultats limités
La « doctrine Trump » révèle une contradiction fondamentale entre le discours et la pratique : d’un côté, la promesse de mettre fin aux « guerres sans fin » et de privilégier « l’Amérique d’abord » ; de l’autre, des interventions militaires répétées dans sept pays en l’espace d’un an.
Le succès diplomatique à Gaza apparaît comme une exception au milieu de résultats militaires décevants au Yémen, en Iran et au Venezuela. Plus encore, cette stratégie menace de fragiliser le soutien d’une base électorale qui avait choisi Trump précisément pour son engagement à éviter toute implication extérieure.
La question demeure : la « paix par la force » est-elle réellement une stratégie efficace, ou simplement un slogan masquant l’incapacité à traiter les causes profondes des conflits ? Seul le temps permettra d’y répondre, mais les premiers résultats sont loin d’être encourageants.

