L’emprise d’Al-Qaïda sur le Mali — une guerre économique et territoriale (8 novembre 2025)

Nov 10, 2025 | Afrique, Les rapports

1. Un pays sous étau terroriste

Le Mali traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Depuis plusieurs mois, la coalition terroriste Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM), branche officielle d’Al-Qaïda au Sahel, accentue sa pression militaire et économique sur l’État malien.

  1. Formé en 2017 de la fusion de plusieurs groupes armés — Ansar Dine, Katibat Macina, Al-Mourabitoun et le front sahélien d’AQMI — le JNIM est devenu la colonne vertébrale du terrorisme sahélien. Son influence s’étend désormais du nord désertique jusqu’au centre agricole du pays.

2. Une stratégie d’asphyxie planifiée

Depuis septembre 2025, le JNIM a instauré un blocus économique sur le Mali : coupure des routes commerciales, taxation illégale des transporteurs et embargo sur le carburant acheminé vers la capitale.

Résultat : les stations-service de Bamako sont à sec, les prix explosent et les chaînes logistiques s’effondrent. Face à cette paralysie, la France a recommandé à ses ressortissants de quitter le pays dès que possible, craignant une dégradation rapide de la sécurité.

3. La guerre économique : un nouvel outil de domination

Les groupes affiliés à Al-Qaïda ont compris que l’arme économique peut être plus redoutable que les fusils.

Leur stratégie repose sur trois axes :

• Asphyxier l’État par la rupture des approvisionnements vitaux ;

• Soumettre les populations rurales en se substituant à l’administration absente ;

• Légitimer leur autorité via la mise en place de tribunaux religieux et la perception de taxes.

Cette approche vise à affaiblir la souveraineté de Bamako tout en ancrant les réseaux terroristes dans le tissu social malien.

4. Des conséquences dramatiques pour la population

Le blocus a plongé le pays dans une crise humanitaire et sociale :

• ⭕ Pénurie aiguë de carburant et d’aliments de base, notamment dans Bamako et Mopti ;

• ⭕ Inflation galopante, les prix ayant bondi de 60 % à 80 % ;

• ⭕ Isolement logistique, les routes principales étant désormais sous le contrôle de groupes armés liés à Al-Qaïda.

Cette situation renforce la dépendance des populations envers ces groupes, qui se présentent comme des pourvoyeurs d’ordre et de services.

5. Un vide sécuritaire exploité par Al-Qaïda

Le retrait progressif des forces françaises et européennes, conjugué à la fragilité du partenariat russo-malien, a ouvert un espace stratégique qu’Al-Qaïda a su exploiter.

Les groupes terroristes ne se contentent plus d’attaquer : ils administrent, taxent et gouvernent. Ils se posent comme une alternative politique et religieuse face à un État perçu comme lointain et corrompu.

Leur emprise dépasse désormais le champ militaire ; elle touche la psychologie collective, sapant la confiance des Maliens dans leurs institutions.

6. Conclusion : le Mali au cœur d’une stratégie régionale d’Al-Qaïda

Les événements récents démontrent que la guerre au Mali n’est plus une insurrection locale, mais un projet de domination régionale.

En combinant violence, contrôle territorial et manipulation économique, Al-Qaïda façonne un modèle de gouvernance parallèle, ancré dans la pauvreté et l’effondrement institutionnel.سض

L’avertissement lancé par Paris n’est donc pas une simple mesure de précaution : il traduit la désintégration progressive de l’autorité centrale et l’émergence d’un “État de fait” terroriste au cœur du Sahel.

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