Le Tchad: une démocratie en péril !

Mar 16, 2021 | Études

Ousmane KEITA- Doctorant à l’Institut de Pédagogie Universitaire de Bamako

Après plusieurs années de guerres et des régimes dictatoriaux de Hissène Habré et d’Idriss Déby Itno, le Tchad est au bord du Chaos. Les tentatives de déstabilisation du pays se succèdent par le coup d’état et des rébellions.
La division au sein de l’Armée et du clan présidentiel se multiplient.  C’est dans cette circonstance de désordre que le dirigeant tchadien tente de se maintenir au pouvoir, afin d’assurer la domination du clan présidentiel sur les ressources du pays. La situation socio-politique et économique ne s’arrête de dégrader.
Pour se maintenir au pouvoir, le dirigeant modifie la constitution qui sert de l’instrument juridique fondamental dans lequel tout le pouvoir trouve son fondement.  Une manière de légaliser leur acte de candidature souvent au détriment de l’opposition. De fois le président sortant organise la participation des certains candidats préfabriqués et finance leur campagne électorale. En 2005 Idriss Déby a modifié la constitution pour briguer un nouveau mandat, après avoir fiancé d’autres candidatures de circonstance pour afficher un minimum de concurrence électorale[1].
Pendant plus d’une décennie, les élections font objet de contestations. Pourtant le parti au pouvoir arrive à chaque fois, instrumentaliser une partie de l’opposition pour rejoindre le gouvernement à l’issue des élections.
Après 30 ans de règne autoritaire de Hissène Habré, l’arrivée d’Idrris déby Itno en 1990 au pouvoir avait donné un espoir de démocratisation à la population et la communauté internationale[2]. Beaucoup d’évènements ont été interprétés comme le signe d’une démocratisation en bonne voie. L’organisation de la Conférence Nationale Souveraine en 1993, la promulgation d’une Charte Nationale garantissant la liberté d’expression et le multipartisme en 1996, l’adoption d’une constitution 1996. Ce pendant, l’espoir de la démocratisation est brisé vers les années 2000, avec les arguments de la corruption, de la gestion ethnique du pouvoir et de triche électorale avancés par l’opposition.
Dans l’histoire politique du Tchad on peut dire que le multipartisme a existé dès son accession à l’indépendance. Mais ce rêve est abandonné par la volonté de dirigeant de se maintenir au pouvoir. La nature actuelle du régime politique du pays nous pousse à faire beaucoup d’interrogations, si le pouvoir est dans la logique démocratique ou si au contraire il est autoritaire, mais en pratiquant certains comportements démocratiques comme l’élection.
Monopolisation du pouvoir par le dirigeant
Depuis 1960, le Tchad a connu de multiples soubresauts sur le plan politique et sécuritaire, qui ont contribué à dessiner son paysage politique actuel[3].
Après son accession à l’indépendance la vie politique était dominée par le Parti progressiste tchadien et l’Union Démocratique tchadien. On pouvait remarquer d’autres mouvements ou petites formations politiques, qui se distinguaient par leurs bases régionales ethniques ou religieuses[4]. Pour consolider son pouvoir François Tombalbaye décida la dissolution de tous les partis, faisant basculer le Tchad dans un système violent et autoritaire. Le régime utilisait la méthode répressive pour éliminer tout opposant réel ou supposé, quelque soit sa région d’origine[5].
Cependant, les mouvements de contestation se développés sous formes de rebellions armées, suivit d’un coup d’état militaire qui renversa Tombalbaye en 1975. Un régime militaire est mis en place par son successeur Général Malloum. Son premier ministre Hissène Habré, un leader rebelle tentait un renversement du régime. C’est ainsi qu’éclata la guerre civile de 1979.
Hissène Habré conserve le pouvoir au sein de son parti unique (l’UNIR). Il forme un régime autoritaire et violent, jusqu’à son renversement le 1er décembre 1990, par Idriss Deby et son mouvement politico-militaire.
Dès son arrivée au pouvoir, il proclama « l’avènement d’une démocratie réelle, pluraliste, garantissant toutes les libertés individuelles et collectives ». Le multipartisme fut adopté au Tchad, par l’ordonnance no 015/PR/relative à la création, au fonctionnement et à la dissolution des partis politiques, promulguée le 04 octobre 1991.
L’espoir de la démocratie a été rapidement déçu, au regard des pratiques de gestion des services publics et du déroulement des différents scrutins qui se sont succédés et qui ont consacré le maintien de l’hégémonie du parti au pouvoir.
Les mouvements des rebellions ont tentés de renverser le pouvoir de Itno et la tension politique parfois très tendue n’ont pas empêché la monopolisation du pouvoir. Le régime actuel arrive à se maintenir au pouvoir à travers les différentes révisions constitutionnelles.
Le Tchad : une puissance militaire régionale
Dans un pays où tous les présidents, à l’exception du premier, sont arrivés au pouvoir par les armes, les forces armées ont progressivement vu cohabiter militaires de carrière et anciens rebelles parvenus au pouvoir, ou réintégrés dans le cadre d’accords de paix. L’armée a par ailleurs reproduit et cristallisé en son sein les rapports de forces qui existent depuis toujours dans la société tchadienne. A la faveur des coups d’Etat et des changements de régime, différentes communautés ont successivement exercé une domination en contrôlant une majorité des postes à responsabilité[6].
Idriss Deby dès son arrivé du pouvoir a prôné une reconstruction de l’armée nationale qui ne sera pas au service d’un individu. Dans les années 2000, l’entrée du Tchad dans le club des pays exportateurs de pétrole et les tentatives de renversement du pouvoir par la rébellion en 2006 et 2008 vont pousser le pouvoir à renforcer l’appareil militaire. L’achat d’armements sophistiqués adaptés au combats en 2009 permet à l’armée tchadienne de porter un coup dure à la rébellion sans un soutien extérieur.
Le président Idriss Deby met l’armée au centre de sa gouvernance. Son expérience militaire et sa capacité de ménager les forces de défense et de sécurité lui permettent de se présenter comme une garantie contre l’instabilité régionale et de même un régime légitime fort. L’armée est présente dans les fronts étrangers et dans le lac Tchad pour combattre contre les terroristes. Elle sert un apport incontournable pour les partenaires étrangers occidentaux et régionaux.
Conclusion : l’histoire politique du Tchad est dominée par la violence et la nature autoritaire du régime depuis son indépendance. Presque tous les dirigeants ont utilisé le recours à la force pour arriver au pouvoir. Un procédé qui se passe en dehors de l’ordre constitutionnel. On constate aussi l’instrumentalisation de l’armée par le président pour se maintenir au pouvoir.

[1] https://survie.org/IMG/pdf_Mobilisation509d.pdf

[2] https://ccfd-terresolidaire.org/IMG/pdf/rapport_partis_politiques_au_tchad.pdf

[3] https://www.cairn.info/revue-nouvelles-fondations-2007-1-page-134.htm

[4] Bangoura Mohamed Témémadi, Violence politique et conflits en Afrique : le cas du Tchad, L’Harmattan, 2008, 487 p.

[5] Bangoura Mohamed Témémadi, Violence politique et conflits en Afrique : le cas du Tchad, L’Harmattan, 2008, p. 123

[6] https://www.crisisgroup.org/fr/africa/central-africa/chad/298-les-defis-de-larmee-tchadienne

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