Le Tchad et le Sahel après le Maréchal Idriss Déby Itno

Mai 10, 2021 | Les rapports

Dr. Mady Ibrahim Kanté

Le continent africain a vraiment subi des crises, des guerres, etc. Depuis les indépendances de pays africains, les dirigeants n’arrivent pas à trouver une solution aux problèmes africains. Des pays qui sont en guerre civile depuis des décennies, d’autres dans des crises politiques et sécuritaires. Le phénomène du terrorisme qui vient aggraver la situation, notamment dans le Sahel. Là où les Etats et les conditions propices à la propagation du terrorisme sont complexes et nécessitent des politiques robustes et proactives visant à remédier aux facteurs sous-jacents économiques et sociopolitiques qui donnent lieu ou alimentent des actes de terrorisme. Les récentes manifestations d’activités terroristes au sein de la région sahélienne, notamment, les attentats à la bombe, les attentats suicides, les enlèvements, les prises d’otages continuent d’alimenter ces actes terroristes.

Certes, les Etats du Sahel se sont engagés dans la lutte contre le terrorisme, mais leur majorité n’a pas pu apporter un coup dur aux terroristes. Par conséquent, comme d’habitude les puissances mondiales viennent au secours des pays les plus fragiles, tel que le Mali, le Burkina Faso, etc., pour ce faire, la France s’est engagée à côté des pays dans la lutte contre Le terrorisme.  L’armée tchadienne expérimentée dans la lutte contre le terrorisme, face à la recrudescence des attaques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) sur le territoire tchadien, une offensive militaire a été lancée pour nettoyer la zone[i]. En effet, la force française a réellement besoin d’une armée locale solide, qui connaît le  terrain, afin de renforcer son intervention au Sahel. Cependant, l’armée tchadienne est le meilleur choix, surtout le Tchad est un allié de longue date de la France depuis qu’Idriss Déby Itno est à la tête du pays. Nous pouvons constater la suite, après l’intervention, les forces françaises demeurent toujours dans la région, en prenant l’armée tchadienne comme alliée principale, notamment dans la zone Liptako-Gourma (frontières Mali-Burkina-Niger), avec la création du G5 Sahel. Depuis l’envoi de 1 200 soldats dans la zone dite des « trois frontières », entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, pour lutter contre les djihadistes, en effet, la France n’a pas caché sa volonté de réduire la voilure de son armée. De ce fait, les pays sahéliens doivent prendre leur destin en main, cependant, le Tchad d’Idriss Déby s’y engagea.[ii] Alors la question qui se pose aujourd’hui :quelle sera la nouvelle stratégie du Tchad après l’assassinat du Maréchal dans le Sahel ? Puis la situation actuelle du Tchad nous pousse à se demander si le Conseil militaire peut-il gérer la crise interne ainsi de rester au cœur de la gestion militaire du terrorisme au Sahel ?

Le terrorisme au Sahel et défis pour le Tchad après la mort d’Idriss Déby Itno

Nous pouvons constater le rôle important que la force tchadien ait joué dans la lutte contre le terrorisme du Sahel. En effet, il y a beaucoup de questions et plus de dimensions sur la lutte contre le terrorisme dans le Sahel après le Maréchal Déby, notamment dans la zone Liptako-Gourma, qui dépasse le control des pays (Mali-Burkina-Niger), une zone semble être sous le control des djihadistes.

Depuis la mise en place du G5 Sahel, la force tchadienne  joue le grand rôle sur le terrain contre l’avancé des terroristes dans le Sahel. Sachant que le Tchad avait une certaine stabilité interne. Mais avec le décès du président Idriss Déby Itno et les rebellions à la porte de N’Djamena pourraient créer des incertitudes que le Tchad puisse continue à jouer le même rôle. En effet, le pays fait face à deux situations difficiles à gérer, primo, la crise interne qui se traduit à une crise politique ; la division de la population entre le Conseil militaire et l’opposition qui refuse la dynastie du pouvoir au Tchad, sans oublie aussi à la progression des rebelles vers N’Djamena. Secundo, au-delà du Tchad, la disparition du président Idriss Déby ouvre une période d’incertitudes pour la région du Sahel. En février, le Tchad a pris la présidence tournante du G5 Sahel, un groupe dans lequel l’armée tchadienne exerce une influence importante. D’après plusieurs analystes, les nouvelles autorités auraient décidé de rappeler les troupes positionnées dans la région sahélienne. Mais au niveau local, des mouvements de troupes tchadiennes vers le Niger sont signalés[iii].

Il est à noter que les menaces terroristes ne viennent pas seulement de l’Ouest du Tchad (Niger et Cameroun), mais aussi du Nord et l’Est du pays,  où il y a des mouvements islamistes à la frontière entre la Libye et le Tchad, entre le Tchad et le Soudan. Donc deux scenarios possibles sont envisagés, les groupes terroristes pourrions profiter de l’insécurité dans le pays afin de s’installer au Tchad, ainsi de s’emparer du pouvoir. Le deuxième scenario, serait pour les djihadistes de s’allier à la rébellion – comme le cas du Mali en 2012 -, puis créer le  chaos total dans le pays, cela freinera toutes les activités militaires du Tchad dans le Sahel, car une diversion sera faite afin d’affaiblir le front tchadien sur le Sahel. Selon Ahmedou Ould Abdallah[iv], « le contingent tchadien reviendra vraisemblablement vers le Tchad en tout ou partie, parce que l’adversaire (l’Etat islamique et AQMI) qu’il combat dans la région des trois frontières va attaquer le Tchad pour faire diversion et empêcher une présence continue des troupes tchadiennes dans le Sahel et les obliger à se retirer ou diminuer leur contingent »[v].

Pour conclure, on peut noter que, le Tchad fait face aux multiples menaces, d’une part, la rébellion déterminée plus que jamais, pour s’emparer de la capitale tchadienne N’Djamena. Certes, qu’elle pourrait avoir le soutien d’autres groupes armés de la région. En effet la constitution du Conseil militaire du Tchad avec Mahamat Déby à sa tête, a créé une polémique au sein de l’opposition. D’autre part, l’invocation des djihadistes était d’avoir une crise sécuritaire au Tchad qui les contrer au Sahel depuis des années, cependant, la région deviendrait encore une fois un champ d’entrainement pour les organisations terroristes, ils pourront s’infiltrer dans la rébellion et comme dans la population tchadienne qui sera une réelle menace pour l’Etat tchadien et pour le Sahel.

[i] « Le Tchad intensifie sa lutte contre Boko Haram », Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique (blog), consulté le 3 mai 2021, https://africacenter.org/fr/spotlight/le-tchad-intensifie-sa-lutte-contre-boko-haram/.

[ii] « Le Tchad envoie 1 200 soldats aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso pour lutter contre le djihadisme », Le Monde.fr, 16 février 2021, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/02/16/le-tchad-envoie-1-200-soldats-aux-confins-du-mali-niger-et-burkina-faso-pour-lutter-contre-le-djihadisme_6070064_3212.html.

[iii] « [Tribune] Après la mort d’Idriss Déby, l’avenir incertain du régime tchadien – Jeune Afrique », JeuneAfrique.com (blog), 28 avril 2021, https://www.jeuneafrique.com/1161751/politique/tribune-apres-la-mort-didriss-deby-lavenir-incertain-du-regime-tchadien/.

[iv] L’ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, Ahmedou Ould Abdallah, également directeur du Centre de stratégie et de sécurité pour le Sahel et le Sahara

[v] « [Tribune] Après la mort d’Idriss Déby, l’avenir incertain du régime tchadien – Jeune Afrique ».

Mots clés :Afrique | G5 | le Sahel | Tchad | terrorisme
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