Le Sahel occidental sous tension : le triangle frontalier Mali–Mauritanie–Sénégal devient le nouveau front de l’expansion terroriste

Août 5, 2025 | Afrique, Les rapports, Terrorisme

Dans les profondeurs du Sahel africain, une menace violente se renforce, ravivant les souvenirs sombres des années les plus sanglantes en Irak et en Syrie. Cette fois, ce n’est pas le Levant mais l’Afrique de l’Ouest qui devient le théâtre d’un redéploiement stratégique des groupes terroristes les plus redoutés au monde.

Le triangle frontalier entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal – longtemps considéré comme une zone tampon – glisse progressivement vers l’instabilité. Les forces affiliées à Al-Qaïda et à Daech y trouvent aujourd’hui un terrain fertile pour l’expansion, alimentées par le retrait progressif des troupes occidentales et l’effondrement de plusieurs gouvernements civils à la suite de coups d’État militaires.

Selon des responsables du renseignement américain, cette zone est désormais qualifiée de « Triangle de la mort africain ». Ils évoquent une accélération inquiétante de la présence et des opérations des cellules de Daech, notamment dans des régions maliennes comme Kayes, Kita, ou encore les étendues désertiques de Nara et de la Vallée des Serpents.

Le groupe Daech au Grand Sahara (EIGS) semble mener la manœuvre, en lien parfois flou ou concurrentiel avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Les dynamiques du chaos local — marquées par l’effondrement institutionnel, l’insécurité chronique, et la marginalisation des populations rurales — offrent à ces groupes les conditions idéales pour se renforcer.

Le vide sécuritaire laissé par les forces françaises et européennes après leur retrait du Mali, combiné à l’arrivée de mercenaires russes affiliés au groupe Wagner, a rendu la région encore plus instable et opaque.

Brett Holmgren, directeur du Centre national américain de lutte contre le terrorisme, a exprimé de sérieuses préoccupations : selon lui, les groupes extrémistes ne se contentent plus d’attaques ponctuelles, mais cherchent à établir une gouvernance de facto, s’emparant de villages, contrôlant les routes et imposant des formes brutales de loi islamique.

Charles Lister, expert en sécurité au Moyen-Orient et en Afrique, a pour sa part qualifié ce phénomène de « montée silencieuse d’une armée terroriste », capable de lancer des offensives coordonnées, de prendre possession de bases militaires et de réactiver des cellules dormantes avec une aisance déconcertante.

Parallèlement, Daech au Grand Sahara poursuit sa stratégie d’expansion du centre du Mali jusqu’aux portes du Sénégal, menaçant directement les routes commerciales vitales, notamment l’axe Dakar–Bamako.

Cette offensive n’est pas uniquement militaire : elle s’accompagne d’une intense propagande idéologique, visant à enrôler de nouveaux partisans, en particulier chez les jeunes désœuvrés, et à exporter une culture de violence susceptible de franchir la Méditerranée.

En toile de fond, les gouvernements régionaux – affaiblis ou sous domination militaire – peinent à mettre en place une réponse unifiée.

La coordination antiterroriste, autrefois portée par le G5 Sahel, a perdu de son efficacité depuis le retrait du Mali, tandis que les populations civiles paient le prix fort : déplacements forcés, fermetures d’écoles, marchés abandonnés, et sentiment croissant d’abandon.

Alors que la communauté internationale redirige son attention vers d’autres crises, le Sahel risque de devenir une nouvelle base arrière du terrorisme international, avec des ramifications bien au-delà de l’Afrique. Ignorer ces signaux reviendrait à revivre les erreurs du passé – et à offrir aux groupes armés un espace sans résistance.

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