Le Niger: nouveau front terroriste en Afrique de l’ouest !

Avr 5, 2021 | Les rapports

Ousmane KEITA, Doctorant en relations internationales

La République du Niger fait frontière avec sept pays dont l’Algérie, le Bénin, le Burkina, le Tchad, la Libye, le Mali et le Nigéria. Le Niger dont quatre-vingt pourcent de sa superficie est couvert par le désert fait partie des pays les plus vaste de l’Afrique.  La population est estimée à 19,3 millions d’habitants[1]. La majorité de la population est Hausa, ainsi que le Zarma-Songhai. Le Niger est une République laïque dont près de 98% sont musulmans.[2]

Il faut noter que le pays, est riche en ressources naturelles[3] : l’or, le fer, le charbon, l’uranium et le pétrole. En 2012 le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) a considéré le Niger comme l’un des pays les moins développés au monde dans son rapport annuel, lui attribuant un indice de développement humain (IDH) de seulement 0,304.

Depuis un certain temps au Niger l’insécurité est devenue une question préoccupante. Avec les épisodes d’insécurités au Mali et la présence des groupes terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), le Boko Haram dans le Nord-Nigéria et la région du Lac Tchad. La situation sécuritaire en Libye après l’intervention de l’OTAN et l’instabilité politique a fini par convaincre les autorités nigériennes que l’insécurité doit faire l’objet d’une attention particulière.

Pour réduire l’insécurité et ses effets, les autorités nigériennes en collaboration avec ses partenaires produisent des efforts pour assurer la sécurité des personnes et des biens et établir un climat de paix durable. Malgré les actions de lutte contre l’insécurité, on constate les actes terroristes au Niger avec les deux récentes attaques[4] successives qui ont ciblé les civiles. Tous ces événements peuvent être interprétés que le Niger devient le nouveau champ du terrorisme en Afrique de l’Ouest. L’insécurité des pays du Sahel est plus liée aux facteurs exogènes. Le Niger subit les conséquences des crises des pays limitrophes.

Interdépendance de la sécurité du Niger avec les autres pays voisins

La situation géographique du Niger fait que le pays est confronté à une insécurité incontrôlée. Ainsi, au Nord, le Sud-libyen représente une zone à risques. De là, les terroristes circulent sur toute la région sahélienne. A l’Ouest, au Mali, certains groupes à connotation djihadiste, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Katibat Macina, et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) sèment la terreur. Au Sud, Boko Haram mène des attaques sanglantes sur toute une partie Nord du Nigéria[5].

Les actions terroristes au Niger remontent de 2013, après les revendications des deux attaques terroristes par le MUJAO et AQMI de Mokhtar Belmokhtar respectivement contre le camp militaire à Agadez et le site du groupe nucléaire français Areva à Arlit.[6]

Depuis on assiste la présence des groupes terroristes extérieur sur le sol nigérien. Aujourd’hui, la véritable menace terroriste au Niger, est l’Etat islamique et Boko Haram actif dans le bassin du Lac Tchad et au Nigéria. Le premier signe de présence de Boko Haram au Niger date de février 2015, suite à un acte terroriste dont le gouvernement a décrété un état d’urgence.

Le Niger est exposé à la menace terroriste, compte tenu de la présence des intérêts français, tel que le groupe Areva, qui a subi l’attaque terroriste et aussi les nouvelles alliances entre les groupes notamment l’Etat islamique et le Boko Haram, les principaux groupes qui mènent des activités terroristes sur le sol nigérien. Mais à noter que les terroristes avaient menacé tous pays qui oserait envoyer ses troupes au Mali ou qui collaborerait avec l’envahisseur sera considéré comme un pays ennemi. Alors que la troupe nigérienne est engagée au Mali depuis les premières heures de l’intervention. On peut se demander si le Niger ne paie pas les conséquences de son engagement dans le contingent de la mission internationale au Mali ?

Par ailleurs avec les attaques récentes qui font plus de morts après les élections présidentielles ont donné victoire à Mohamed Bazoum montre que le Niger est loin d’être un pays stable. Le nouveau président s’est engagé à lutter contre l’insécurité, un des plus grands défis du Niger, pays sahélien parmi les plus pauvres du monde, qui doit lutter aussi contre les islamistes du groupe nigérien Boko Haram dans sa partie Sud-est.

L’insécurité au Niger n’est pas liée à la seule présence des terroristes, mais aussi des criminels transnationaux organisés et trafiquants qui circulent dans le désert, utilisent le territoire nigérien comme une zone de transit pour faire leurs activités illégales. L’insécurité exogène ne peut seul expliquer la situation sécuritaire du Niger, il faut une analyse endogène.

Les facteurs internes de l’insécurité du Niger

L’action militaire du gouvernement nigérien face aux attaques découle d’une logique longtemps établie depuis l’insurrection armée du Mouvement nigérien pour la Justice (MNJ) en 2007. La crise libyenne qui a entrainé le retour des citoyens nigériens (Touaregs) armés, le gouvernement a procédé à leur désarmement et facilité leur réinsertion. Cette méthode de prévention militaire face au terrorisme ne prend pas en compte les moyens structurels de l’instabilité à long terme.

Le contexte sociopolitique du Niger se caractérise depuis plusieurs années par la persistance des tensions sociales ainsi que la récurrence de l’instabilité politique et institutionnelle[7]. La démocratisation engagée après la tenue de la Conférence nationale en 1991, a connu plusieurs ruptures.[8]

L’émergence des conflits communautaires, la présence des groupes terroristes intégristes, des mouvements armés et des organisations criminelles impliquées dans les trafics de tout genre. Cette situation persistante, crée une condition de menace des groupes rebelles Touaregs et Toubous qui argumentent leur exclusion dans la gestion politique et les ressources naturelles.

En conclusion : pour comprendre l’insécurité au Niger, il faut analyser au-delà des seuls facteurs internes, compte tenu de sa situation géographique. La situation sécuritaire actuelle du pays s’explique par les conflits internes de ses voisins importés, notamment la crise libyenne de 2011 et les différents fronts terroristes auxquels il fait face.

[1]https://www.fespscc.org/fileadmin/user_upload/documents/publications/New_ETUDE_PAYS_NIGER.pdf

[2] L’Islam au Niger : éviter l’amalgame (openedition.org) : https://journals.openedition.org/humanitaire/1023#:~:text=1A%20l%27image%20du,donn%C3%A9e%20culturelle%20et%20cultuelle%20importante.

[3] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/02/19/le-niger-un-pays-au-sous-sol-convoite_1308277_3212.html

[4] https://www.france24.com/fr/afrique/20210316-niger-plus-de-cinquante-morts-dans-des-attaques-près-du-mali

[5] Mahaman, A. L. I. O. LES DEFIS ET ENJEUX SECURITAIRES DANS L’ESPACE SAHELO-SAHARIEN.

[6] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/05/23/niger-un-site-d-areva-et-une-base-militaire-pris-pour-cibles-par-deux-attentats-suicides_3415801_3212.html

[7] Burton, C., & Justus, R. (2013). Dynamique des Conflits et Médias au Niger et à Tahoua. Revue de la littérature.

[8] https://www.studiokalangou.org/index.php/articles/13423-democratie-niger-conference-nationale-souveraine

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