le dossier mémoriel algérien empêche la coopération avec la France sur des questions majeures

Mar 7, 2021 | France, Les rapports

L’Algérie a renouvelé sa position à travers son ambassadeur en France Antar Daoud, sa volonté de travailler avec la France sur les enjeux régionaux d’importance commune, l’économie et le dossier mémoriel, avec le président du Sénat français, Gérard Larcher.

Malgré ces déclarations, qui sont également censées s’inscrire dans la volonté exprimée par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, lors d’un appel téléphonique, de “faire avancer le rythme de la coopération entre les deux pays et de rapprocher les points de vue …” concernant ces dossiers. ”

Cependant, cela ne veut pas dire que les choses avancent à un rythme idéal dans la plupart de ces dossiers, d’autant plus que les obstacles et les points de vue sont encore loin de la possibilité de normaliser les relations à la manière dont la France le souhaite, notamment au vu de l’échec à mettre fin au dossier du mémoire, qui est le plus important pour l’Algérie.

Les obstacles au processus de normalisation des relations avec la France

L’Algérie estime que la normalisation des relations bilatérales avec la France sous de nombreux aspects économiques et commerciaux dépend d’un règlement final et équitable du dossier de la mémoire.

Et cela se déroulera à quatre niveaux: l’Algérie exige la remise des archives documentant les événements de 1830 à 1962, la reconnaissance par la France des événements sanglants et des excuses officielles pour ceux-ci, la réparation des dommages par l’indemnisation des victimes d’essais nucléaires et la récupération des crânes des chefs des révolutions populaires.

Ces niveaux sont encore très éloignés des tentatives de la France de rétablir les relations avec l’Algérie, et la question des problèmes de mémoire constitue toujours un réel obstacle à sa mise en place, même après que le président français Emmanuel eut reçu le rapport sur le colonialisme et la guerre d’Algérie (1954-1962) le 21/01/2021, le président Macron et Abdel-Majid Tebboune ont confié aux historiens côté français Benjamin Stora et Abdel-Majid Chikhi la tâche de le compléter. Le rapport contient 150 pages, et 25 propositions, dont la plupart visent à restaurer les relations en renforçant la confiance et en brisant la barrière psychologique, et cela n’a aucune importance pour l’Algérie, d’autant que le rapport n’abordait pas la solution des points que l’Algérie juge cruciaux, tels que: les archives acquises par la France à la veille de l’indépendance, qui documente les événements de 1830 à 1962, et dans lesquelles le rapport proposait de restituer une partie d’archives originales de celui-ci.

Le dossier des essais nucléaires, où il a été proposé de poursuivre les travaux conjoints sur les sites en Algérie entre 1960 et 1966 et leurs résultats et la question de la pose de mines aux frontières.

Et le dossier des dépouilles des résistants algériens, où il était également proposé de poursuivre l’activité du «Comité mixte d’experts scientifiques» au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Et travailler à publier un “guide des disparus” des Algériens et des Européens pendant la période d’occupation.

Malgré l’importance de ce qui a été mentionné dans ce rapport, les spécialistes et les parties prenantes algériens constatent que le rapport est une dilution des revendications du peuple algérien, qui ont été explicitement exprimées à plusieurs reprises par le président Tebboune.

L’Elysée, qui a annoncé par l’intermédiaire de son bureau, “n’a pas l’intention de s’excuser”, et que le rapport est une étape symbolique et une autre forme d’excuses. Quant à l’engagement d’ouvrir les archives, il ne suffit pas de divulguer des documents classifiés qui ont été saisis et sont devenus obsolètes.

La formule pour traiter le dossier des essais nucléaires contredit les vestiges de l’occupation française en Algérie, car les Algériens meurent encore à cause des radiations nucléaires dans le désert, des enfants déformés, et des bombes que la France a plantées dans les montagnes et à l’ouest etc. . Ce qu’il faut, c’est la criminalisation de cet acte et une compensation en nature également pour toutes les anciennes victimes et celles qui souffrent encore.

Le dossier de la mémoire est une question essentiel pour les Algériens

Le point de vue français, auquel la plupart des présidents français croyaient, a toujours soutenu que le dossier de la mémoire devait rester du passé et ne pas être ouvert, et passer à un nouveau modèle avancé de relations avec l’Algérie.

Cela contredit le point de vue algérien, qui considère que le fichier mémoire est une question stratégique, si la France veut entrer dans des relations stratégiques importantes et être un allié dans les régions du Maghreb, de la Méditerranée et du Sahel. Toute démarche mise en avant par les administrations françaises, représentée dans les visites et valorisant la coopération dans les domaines politique et économique, restera symbolique, et le sujet de mémoire restera la plus grande barrière et obstacle au développement des relations entre les deux pays.

Malgré cette scène complexe, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de solutions à l’horizon en matière d’échange de relations, car les administrations des deux présidents montrent une nouvelle approche sur ce dossier.

D’autant que les obstacles dans ce dossier étaient attendus par les dirigeants politiques. Depuis qu’Abdul Madjid Chikhi et Stora ont été chargés à travailler sur le dossier, ils étaient sous la tutelle directe des présidents des deux pays afin d’atteindre la vérité, c’est-à-dire , ils n’ont pas une indépendance absolue. D’autant que ce dossier peut paraître en théorie facile à résoudre, mais d’un point de vue pratique et réel, les deux hommes auront beaucoup de mal à accomplir leurs tâches, car au final tout sera soumis à la volonté politique.

Cette volonté politique n’a toujours pas perdu l’espoir d’une solution aux problèmes liés à ce dossier, les deux présidents ayant fait un appel après la publication du rapport. Il est vrai que le président algérien n’a pas annoncé sa position sur la publication du rapport de l’historien Benjamin Stora sur le sujet il y a un mois, mais ils ont convenu, selon le communiqué de la présidence algérienne, de “poursuivre la coordination entre eux pour accélérer le rythme de la coopération entre les deux pays dans de nombreux domaines et rapprocher les points de vue de certains dossiers”, sans mentionner aucun détail sur ces dossiers.

Cela signifie qu’il y a des espoirs pour le président algérien que ce dossier se développe dans un proche avenir, pour faire progresser les relations. Et que l’avenir des relations entre les deux pays n’entrera pas dans un tunnel sombre, surtout à la lumière des nombreux entrelacs entre les deux pays à de nombreux niveaux différents, notamment: La communauté algérienne en France, qui a une importance électorale aux élections françaises, avec près de six millions de voix, peut faire une différence dans les prochaines élections si l’Algérie y travaille. Sans parler des dossiers régionaux complexes également liés à la sécurité et au terrorisme, à l’immigration et aux réfugiés.

Et les dossiers économiques, notamment après le tournant historique de 2012 après la déclaration d’amitié et de coopération signée par les deux chefs d’État, qui a abouti à un comité économique mixte visant à détenir des entreprises productives, et a pu cristalliser de nombreux projets communs, et les investissements directs français en Algérie ont atteint 2,5 milliards de dollars fin 2017. Ces investissements sont représentés par 500 projets qui incluent le secteur de l’énergie, des industries, en plus des services publics, avec 400 entreprises ; Autrement dit, il n’est pas facile pour la France de perdre ses investissements en Algérie, qui est le deuxième partenaire de l’Algérie, et exporte plus de 6 milliards de dollars vers l’Algérie, en plus des centaines de Français qui travaillent en Algérie dans le secteur des hydrocarbures, sans oublier les efforts de la France pour acquérir les plus grandes transactions pétrolières du pays.

 

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