« L’Anaconda » : le plan d’Al-Qaïda pour étendre son contrôle au Mali sans livrer une seule bataille

Nov 30, 2025 | Afrique, Les rapports

Alors que l’attention internationale se focalise sur les conflits à Gaza ou en Ukraine, le Sahel connaît une escalade silencieuse mais méthodique menée par les organisations terroristes, principalement par la filiale d’Al-Qaïda au Mali. Le groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) ne cesse d’élargir son influence, menaçant la stabilité de l’État malien et celle de toute la région.

Une dynamique d’« occupation lente » se met en place, rappelant le retour des Taliban en Afghanistan : le JNIM transforme le contrôle du carburant en arme stratégique pour étouffer l’économie malienne et paralyser la capitale Bamako, accentuant l’effondrement interne du pays et affaiblissant l’autorité de l’État.

Une stratégie “Anaconda” pour étouffer l’économie

La méthode utilisée par le JNIM est qualifiée d’« Anaconda » par plusieurs analystes : elle consiste à resserrer progressivement l’étau sur plus de 70 % du territoire, en s’emparant des axes routiers et des corridors économiques reliant les principales villes. Le groupe cible les transports commerciaux, les convois de marchandises et les voies d’approvisionnement essentielles.

Cette stratégie a entraîné une paralysie presque totale des services de base dans la capitale. On observe des files interminables devant les stations-service, des pannes d’électricité dans des villes comme Mopti et Bandiagara, ainsi qu’une interruption partielle des activités économiques et médicales.

Sur le terrain, le groupe impose ses propres règles : collecte de taxes et de « zakat », obligation pour les femmes de porter le voile, et sanctions sévères contre les récalcitrants. Parallèlement, il cherche à se concilier les populations locales en négociant discrètement des accords avec les chefs de villages, garantissant une forme de stabilité dans les zones rurales sous son contrôle.

Au cours des derniers mois, les enlèvements de travailleurs étrangers se sont multipliés, permettant au groupe de financer ses opérations et de recruter de nouveaux combattants.

Crise humanitaire et déplacements forcés

L’impact humain de cette stratégie est dramatique : environ deux millions de Maliens ont été contraints de se déplacer à l’intérieur du pays. Dans de nombreuses régions, les écoles, en particulier celles destinées aux filles, ont été fermées. Pour les experts, il ne s’agit plus seulement d’une crise sécuritaire mais d’une transformation progressive du Mali suivant un « modèle talibanisé ».

Même si le gouvernement tente de maintenir une image de contrôle à Bamako, sur le terrain, l’État ne maîtrise plus qu’environ 25 % du territoire national, tandis que le reste se trouve sous l’influence directe ou indirecte des groupes armés terroristes.

Un avenir sombre : vers un sanctuaire africain d’Al-Qaïda ?

Les spécialistes redoutent que la progression du JNIM fasse du Mali le premier sanctuaire durable d’Al-Qaïda depuis plus de vingt ans, avec la capacité d’exploiter les ressources naturelles, d’imposer sa propre législation et de diriger des réseaux transfrontaliers de contrebande.

L’évolution de la situation pourrait déboucher sur deux scénarios :

 • un modèle somalien, où Bamako resterait une enclave étatique isolée au milieu d’un territoire contrôlé par des groupes terroristes ;

 • un scénario afghan, marqué par l’effondrement de l’armée et l’absence totale de forces étrangères, laissant le pays aux mains d’un groupe terroriste structuré.

Dans ce contexte, le Mali se retrouve au bord d’une crise politique et humanitaire sans précédent. Les analystes craignent que le pays devienne un véritable laboratoire pour les stratégies de « prise de contrôle progressive » développées par Al-Qaïda, capables de s’imposer sans guerres directes, mais grâce à un processus minutieux, organisé et d’une efficacité redoutable.

Mots clés :#AlQaida | Afrique | Mali
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