L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger: entre la relecture ou rejet!

Jan 28, 2021 | Les rapports

                                                                                                    Ousmane KEITA, Doctorant a la Faculté des Sciences

En juin 2015, le Gouvernement du Mali a signé l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avec les groupes rebelles en différé sous l’égide de la communauté internationale. Certes, l’engagement des signataires est en droite ligne d’un traitement durable et définitif de la récurrence des révoltes et rébellions dans les régions du Nord ; toutefois ces événements ont contaminé les régions dites du Centre et une bonne partie du Sahel Occidental en consacrant un nouveau paradigme, à savoir que les conflits violents se déroulent davantage à l’intérieur des pays et opposent l’Etat à des groupes organisés en « communautés ».[1]

On constate un énorme retard à la mise en œuvre de l’Accord de 2015. Les acteurs qui ont participé à la négociation et la signature ne sont plus les seuls concernés. A cause de la situation sécuritaire du pays, notamment les régions du Centre, l’implication d’autre acteurs se sent visible et la nécessité de revoir certaines dispositions de l’Accord. On assiste à un sentiment de rejet de l’Accord par certaines parties de la population et l’envie de réviser un document qui divise les maliens en majorité.  Cependant, on s’interroge si l’Accord issu du processus d’Alger peut être appliqué dans un tel climat d’hostilité à son encontre ?

Les initiatives de la relecture de l’Accord

L’Accord signé à Bamako en 2015, connaît une lenteur de la mise en œuvre par les parties. Et cela, on peut mettre l’accent sur la mauvaise volonté des signataires à donner une opportunité à l’Accord d’être appliqué. La question du Nord n’a jamais aussi été portée dans les débats publics par les acteurs étatiques.

Les nominations de hauts représentants lors de la négociation et la mise en œuvre, peuvent être perçu comme le sous-traitance du dossier par les plus hautes autorités. Le Gouvernement est en manque d’une stratégie claire, les différents changements de la gouvernance au sein de l’exécutif, les problèmes de la coordination et de pluralité des centres de décision ont fini par affaiblir le gouvernement dans la gestion de la crise.

On constate que les hautes Administrations ont pris dessus sur le politique, ce qui explique les difficultés d’engager les reformes législatives ou règlementaires pour la mise en œuvre de l’Accord[2].

Cinq ans après la signature de l’Accord, les maliens dans sa majorité méconnaissent le contenu de ce document. Il n’y a pas eu de campagnes auprès de la population tant urbaine que rurale, mais aussi le débat formel institutionnel sur le document au sein de l’Assemblée nationale et/ou au niveau des institutions décentralisées. L’insuffisance de communication du gouvernement donne la voie aux médias, lors des débats publics la partie gouvernementale manque d’argumentaire nécessaire comme s’elle n’est pas sûr de l’Accord.

Ainsi les opposants et les méconnaissant de l’Accord gagnent le terrain. Ces adeptes qui pensent la complicité de l’Etat s’en donner à l’Accord en utilisant la menace de la disparition de l’Etat, sans aucune réaction structurelle officielle de la part de gouvernant.

Dans le processus du désarmement, démobilisation, réinsertion (DDR), la mise en place des organes de gouvernance de l’Accord, la constitution de l’armée recomposée, le gouvernement a mené un leadership égalitaire avec les groupes signataires. Ce qui offre des prérogatives aux leaders rebelles, alors que leur méthode de légitimation se fait par les armes. C’est dans ce contexte que le dialogue national inclusif était organisé.

Certaines de ces recommandations portées sur :à la relecture de l’Accord et le dialogue avec Iyad et Koufa. Ce qui suscite les réactions de certains membres des groupes signataires.  Selon Fahad Ag Al-Mahamoud, l’Accord même prévoit sa révision. « La communauté internationale indique que s’il y a des difficultés dans la mise en œuvre de l’Accord d’apporter les solutions ». Il ajoute qu’aucune disposition de l’Accord ne peut être modifiée sans le consentement des parties et l’avis favorable de la médiation internationale.

Dans la même logique Boubacar Boucoum politologue, insiste sur la concertation des parties avant d’engager un processus de révision[3]. Donc le DNI ne suffit pas pour la relecture, il faut l’implication de la médiation dans le processus, ce qui rend compliqué la mise en œuvre de cette recommandation.

L’arrivé des militaires au pouvoir après la démission forcée du Président IBK a rompu le processus. Alors que la feuille de route de la transition réaffirme la recommandation de la relecture du DNI. Malgré leur rentré au gouvernement la plateforme maintient sa position de l’application intégrale de l’Accord dans un communiqué consécutif à la formation du gouvernement[4]. Tout montre déjà que la transition risque d’être confronté au même problème ayant contribué quelque part le départ d’IBK.

En conclusion, l’Accord dans son état actuel a besoin d’une révision pour prendre en compte les acteurs nouveaux dans le processus de paix au Mali. Cette initiative doit être faite dans l’inclusivité des parties et en impliquant la médiation internationale. Mais aussi l’ouverture d’un dialogue élargie aux terroristes locaux comme Iyad et Koufa, à condition qu’ils renoncent à leurs idéologies extrémistes. Pour cela, l’Etat doit fournir d’efforts pour convaincre ses partenaires internationaux qui sont hostiles à une possibilité de dialoguer avec ces acteurs terroristes. Notamment la France, dont le ministre Jean Yves le Drian disait qu’un dialogue est impossible avec les groupes jihadistes qui sévissent au Mali et plus largement dans la région du Sahel, lors de sa première visite à Bamako après le coup d’État du 18 Août 2020. [5] Cette opposition française s’explique par son engagement dans la lutte terroriste dans le Sahel, qui ne pourrait pas être une solution pour la crise malienne, car l’état actuel est illustre.

[1] Keita Naffet, l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger : entre euphorie ou doute, la paix en signe de traces ! Fes-Mali, 2018

[2] www.moussamara.com

[3] https://www.studiotamani.org/index.php/themes/politique/21446-probable-revision-de-l-accord-pour-la-paix-la-plateforme-favorable-la-cma-reticente

[4] https://www.maliweb.net/la-situation-politique-et-securitaire-au-nord/la-cma-rejette-toute-idee-de-relecture-de-laccord-2900525.html

[5] https://www.voaafrique.com/a/le-dialogue-n-est-pas-possible-avec-les-jihadistes-au-mali-selon-le-drian/5635804.html

 

Mots clés :accord | Algérie | Mali | terroristes
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