la stratégie de Trump pour mettre fin à la tutelle américaine sur l’Europe

Fév 17, 2026 | Les rapports

Dans une initiative susceptible de redessiner l’architecture de la sécurité mondiale, l’administration du président américain Donald Trump adopte officiellement la doctrine de « l’OTAN en veille » (Dormant NATO), une théorie radicale prônant une réduction substantielle du rôle des États-Unis dans la défense de l’Europe et une redéfinition de l’Alliance atlantique comme une force « en sommeil », activée uniquement en cas de menace majeure contre la sécurité occidentale.

D’abord formulée dans un cadre académique, cette doctrine est désormais intégrée à la stratégie officielle de sécurité nationale américaine depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche.

Des cercles académiques au Pentagone

Le jeudi 13 février, Elbridge Colby, principal responsable des politiques au Pentagone, s’est rendu à Bruxelles pour adresser un « signal d’alerte » aux alliés de l’OTAN. Devant les ministres de la Défense de l’Alliance, il a déclaré sans ambiguïté :

« La réalité stratégique fondamentale est que l’Europe doit assumer la responsabilité principale de sa défense conventionnelle. »

Ce message – selon lequel les États-Unis ne souhaitent plus jouer le rôle de garant central de la sécurité européenne – n’est pas entièrement inédit. Toutefois, il a ravivé les interrogations européennes sur le ton plus offensif adopté par l’administration Trump à l’égard de l’OTAN, comme l’a relevé un rapport publié par le magazine Politico.

L’origine intellectuelle de cette orientation remonte à une étude publiée en 2023 par l’universitaire et historien conservateur britannique Sumantra Maitra, diffusée par le Center for Renewing America, un think tank proche de Trump. Dans ce document, Maitra développe le concept d’« OTAN en veille », proposant une transformation profonde de l’Alliance où les États-Unis joueraient un rôle nettement réduit au profit des Européens.

Contrairement à la posture opérationnelle actuelle de l’OTAN, Maitra soutient qu’une Alliance « en veille » existerait formellement, mais resterait en état de « sommeil stratégique », activée uniquement face à une menace grave contre l’Occident.

De la théorie à la doctrine officielle

Selon plusieurs sources, la réflexion de Maitra – ultérieurement développée dans un article remarqué de la revue Foreign Affairs – a circulé au sein du cercle restreint des conseillers en politique étrangère de Trump. Ses principales recommandations auraient ensuite influencé la Stratégie de sécurité nationale et la Stratégie de défense nationale de l’administration actuelle.

Dans un entretien accordé à Politico, Maitra a expliqué que l’« OTAN en veille » vise à trouver un équilibre entre un retrait total des États-Unis d’Europe et le maintien de la stratégie actuelle de défense avancée et de domination stratégique sur le continent. Il s’agit, selon lui, d’un mécanisme de partage plus équitable du fardeau sécuritaire.

Les justifications stratégiques

Maitra avance trois arguments principaux :

1. L’ascension de la Chine.

Il considère Pékin comme un rival systémique d’une ampleur inédite dans l’histoire américaine moderne.

2. Le coût de la guerre contre le terrorisme.

Deux décennies d’engagements militaires ont pesé lourdement sur les finances publiques américaines, alimentant la dette et la lassitude de l’opinion face aux « guerres sans fin ».

3. Les mutations géopolitiques.

Il préconise un basculement vers une stratégie dite d’« équilibre offshore », dans laquelle l’Europe demeure importante, mais les États-Unis se concentrent prioritairement sur leur position dominante dans l’hémisphère occidental.

Réponses aux critiques

Les détracteurs de l’« OTAN en veille » estiment qu’une telle orientation viderait de sa substance l’article 5 du traité, pilier du principe de défense collective, transformant l’Alliance en une « OTAN morte ».

Maitra rejette cette lecture, rappelant qu’entre 1949 et 1991, l’OTAN fonctionnait déjà comme une alliance essentiellement dissuasive, activable uniquement en cas d’urgence majeure. Selon lui, l’article 5 ne serait pas modifié dans son essence : chaque État conserverait la faculté de déterminer la nature de son engagement en fonction du type de menace.

Quel avenir pour l’Europe ?

Interrogé sur les prochaines étapes, Maitra a conseillé aux gouvernements européens d’entamer des discussions avec Washington afin d’obtenir un calendrier clair de réduction des forces américaines. Selon lui, ce processus est inévitable à moyen ou long terme.

Cette évolution intervient alors que la Conférence de Munich sur la sécurité réunit près de cinquante chefs d’État et de gouvernement. D’après Politico, un « véritable fossé » s’est creusé entre l’Europe et les États-Unis, notamment à la suite des déclarations de Trump sur le Groenland et de ses critiques concernant la contribution des alliés en Afghanistan.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio représente Washington à la conférence avant de se rendre en Hongrie et en Slovaquie, un déplacement interprété comme un signe de rapprochement avec certaines forces conservatrices en Europe.

Le message américain apparaît sans équivoque : l’ère de la tutelle stratégique américaine sur l’Europe touche à sa fin, et le continent est appelé à redéfinir sa place dans l’équilibre global de la sécurité internationale.

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