La guerre en Ukraine gagne le désert : Kiev et Moscou s’affrontent en Afrique

Sep 21, 2026 | Afrique, Les rapports, politique

La guerre entre l’Ukraine et la Russie ne se limite plus aux tranchées du Donbass ni au ciel de Kiev. La confrontation semble désormais gagner des théâtres beaucoup plus éloignés, notamment en Afrique, où les intérêts militaires et géopolitiques de Moscou et de Kiev commencent à se croiser.

Une enquête de CNN fait état de la présence d’éléments ukrainiens au Mali, en Libye et au Soudan, dans des zones où la Russie a elle-même développé des réseaux militaires et sécuritaires. Moscou s’appuie notamment sur l’« Africa Corps », dispositif développé sous l’autorité du ministère russe de la Défense après le déclin du groupe Wagner.

Pour Kiev, cette extension de la confrontation répondrait à une logique stratégique : contester les intérêts russes au-delà du front européen tout en valorisant l’expérience acquise depuis 2022 dans les drones, le renseignement et les opérations spéciales.

Du Sahel aux rives de la Méditerranée

C’est au Mali que cette rivalité apparaît avec le plus de visibilité. Plusieurs informations font état d’une assistance ukrainienne à des groupes armés engagés contre les forces gouvernementales et leurs partenaires russes. Cette présence resterait néanmoins très limitée par rapport au dispositif de Moscou.

CNN évoque notamment une quinzaine d’Ukrainiens opérant aux côtés de rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA). Leur rôle serait principalement lié au transfert de compétences techniques et à l’utilisation de drones.

Sur le terrain, certaines méthodes rappellent celles développées durant la guerre en Ukraine : drones de reconnaissance, appareils kamikazes et coordination de frappes de précision. Ces similitudes ne permettent pas d’établir une implication ukrainienne dans chaque opération, mais elles renforcent l’hypothèse d’un transfert de savoir-faire.

Du Mali, la confrontation potentielle se prolonge vers le nord, suivant en partie les réseaux stratégiques russes qui relient le Sahel à la Méditerranée. La Libye constitue à cet égard un maillon essentiel. Sa position géographique, ses infrastructures et son ouverture maritime en font un point d’appui important entre l’Afrique subsaharienne, la Méditerranée et le flanc sud de l’Europe.

Plus à l’est, le Soudan complète cette géographie. Le pays occupe une position stratégique sur la mer Rouge, autre espace essentiel pour les routes commerciales et les équilibres militaires régionaux. Les intérêts russes qui y ont été développés ces dernières années expliquent pourquoi les mouvements ukrainiens présumés y sont également observés avec attention.

Du Sahel à la Méditerranée puis à la mer Rouge se dessine ainsi moins une succession de fronts indépendants qu’un ensemble de points stratégiques où les intérêts de Moscou et de Kiev peuvent se rencontrer.

Pourquoi Kiev regarde vers l’Afrique

Cette stratégie peut sembler paradoxale alors que l’Ukraine continue de consacrer l’essentiel de ses ressources militaires à son propre territoire. Elle répond néanmoins à plusieurs objectifs possibles.

Le premier consiste à augmenter le coût de la confrontation pour Moscou. Contester ses positions extérieures peut contraindre la Russie à consacrer des hommes et des moyens à la protection de réseaux situés à plusieurs milliers de kilomètres du front ukrainien.

L’enjeu est aussi diplomatique. Depuis 2022, Kiev tente d’élargir ses relations avec le « Sud global », notamment en Afrique, où Moscou conserve des partenariats anciens. L’expertise militaire ukrainienne, particulièrement dans le domaine des drones, peut devenir un instrument de coopération et d’influence.

Cette logique rejoint directement l’importance de la Libye. Une implantation sur la façade méditerranéenne rapprocherait potentiellement les capacités ukrainiennes de routes maritimes utilisées par la Russie, alors que la guerre économique et les sanctions ont accru l’importance stratégique des flux commerciaux russes.

L’Afrique dans une confrontation plus large

Moscou conserve néanmoins une présence bien plus structurée sur le continent. Depuis plusieurs années, la Russie développe des partenariats sécuritaires associant coopération militaire, formation, livraisons d’armes et soutien aux gouvernements partenaires.

L’Africa Corps constitue désormais l’un des principaux instruments de cette politique, notamment au Sahel. Ces réseaux s’insèrent dans une stratégie plus vaste reliant influence politique, accès aux ressources et positions militaires.

Kiev ne dispose ni de la même implantation ni des mêmes moyens. Elle peut toutefois miser sur une expérience opérationnelle acquise dans une guerre où les drones et les petites unités ont profondément transformé les méthodes de combat.

La géographie de cette rivalité devient alors plus lisible : du Mali et du Sahel jusqu’aux positions méditerranéennes de Libye, puis vers le Soudan et la mer Rouge, différents espaces africains peuvent devenir des prolongements indirects de la confrontation russo-ukrainienne.

Les conflits africains conservent leurs causes et leurs acteurs propres. Mais à mesure que les rivalités extérieures s’y superposent, une partie de l’affrontement entre Moscou et Kiev semble désormais se jouer bien au-delà du front européen.

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