La dynamique régionale du conflit au centre du Mali

Jan 14, 2021 | Anti terrorisme, Les rapports

Ousmane KEITA, Doctorant a la Faculté des Sciences
Administratives et Politiques de l’USJP de Bamako

La crise de 2012 au Mali, semblait toucher les régions du Nord, Gao, Tombouctou et Kidal. Quelques années plus tard, vers 2015, les régions du centre[1] sont à leur tour concernées par les violences. L’attention des autorités maliennes ainsi que des observateurs internationaux étaient attirée. Parfois, les décideurs et les observateurs ont mal évalué la dégradation de la situation sécuritaire au centre et la gestion inefficace de conflit par l’Etat[2]. S’il est avéré que la crise sécuritaire au Mali ne peut plus être une question des régions du Nord, il faut indispensablement mettre l’accent sur les dimensions nationales et régionales du problème qui se déplace au Centre, et l’interconnexion entre les conflits[3].

Les initiatives prises pour la gestion du conflit au Mali

Pour faire face à cette crise, le gouvernement malien a mis en place une diapositive sécuritaire, Plan de Sécurisation Intégrée des Régions du Centre (PSIRC). Le G5 Sahel qui regroupe le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad envisageait la création d’une force conjointe au côté de force malienne pour renforcer les mesures sécuritaires. Sur le plan international, il faut noter la présence de l’armée française, de l’Union européenne à travers son projet d’appui au renforcement de la Sécurité dans les régions de Mopti et de Gao (PARSEC) ou de son Programme Jeunesse et Stabilisation dans les régions du Centre du Mali (PROJES), soutien les initiatives du gouvernement sur le plan sécuritaire et du développement. La Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) a implanté une partie de son dispositif dans la région de Mopti[4]. A ces efforts s’ajoutent les initiatives conjoncturelles, les missions de dialogue ou des contacts entre les dirigeants communautaires dans la capitale ou dans la région de Mopti ou Ségou, exemple récent, et  la rencontre de Niono[5] sur la situation de Farabougou et aussi la réunion tenue entre le responsable de la MINUSMA de la région de Mopti[6], général Maïga avec les groupes auto-défense dogon.

Concernant l’objectif de force française Barkhane[7],des critiques sont nombreuses à l’encontre de Barkhane qui devait être une force antiterroriste et un appui de taille pour l’armée malienne qui manque de moyens adéquates, notamment logistique pour détruire les bases terroristes. Le mandat de Barkhane au Mali souffre de précision dans sa lutte contre les terroristes. Mais aussi la force française se concentre plus dans les régions du Nord, alors que le centre du Mali connaît un revers terroriste dont les acteurs assimilent au conflit communautaire.

La MINUSMA, qui a été crée par une résolution du conseil de sécurité de l’ONU. L’objectif actuel de la mission est d’appuyer la mise en œuvre des accords de paix et le rétablissement de l’autorité de l’Etat[8] malien.

le projet de cette force essentiellement africaine a été portée par la France devant l’ONU. Le mode d’opération de la MINUSMA, ne répond plus aux besoins de la sécurisation des régions du centre, elle doit envisager une amélioration de son mandat pour contribuer à la lutte contre les terroristes.

La force conjointe du G5 Sahel, une initiative française, une force confrontée à des difficultés financières depuis sa création. Malgré une résolution de l’ONU[9] accordant à la MINUSMA d’apporter son soutien logistique et opérationnel à la force G5, elle reste inactive dans les zones touchées par les actes terroristes.

Pour conclure, toutes ces initiatives n’ont apporté aucune solution fiable à la situation du Centre. Ça peut s’expliquer par le manque d’une coordination des efforts entre les partenaires. Les réalités locales ne correspondent plus aux stratégies nationales établies par l’Etat, c’est à dire l’Etat n’est plus légitime auprès des populations. Une montée de phénomène djihadistes sous couvert de conflit communautaire.

L’échec d’un plan de sécurisation des régions du centre, nous oblige à s’interroger sur l’efficacité de la présence des forces étrangères. Mais aussi le mode de l’opération de force conjointe du G5 Sahel issue d’une initiative sous régionale, et le rejet de la représentation de l’Etat par les populations.  L’absence de services publics et la faible présence des forces de sécurité maliennes dans certaines localités contribuent à une distanciation entre la population et l’Etat. Nous assistons à une multiplication de la création des groupes auto-défenses sur la base ethnique, tant au Nord qu’au centre.

La France qui est considérée comme leader dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, particulièrement au Mali doit se montrer plus disponible, avoir une politique plus accessible et cohérente. Son rôle ne doit pas être en second plan. Elle doit être la principale coordinatrice entre les forces présentes au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

[1] Il n’existe pas de définition établie de ce que recouvre l’expression “centre du Mali”. Le plan de Sécurité Intégrée des Régions du Centre du gouvernement du Mali recouvre, par exemple, les régions de Ségou et de Mopti. Le plan de l’Union européenne qui accompagne ces politiques de sécurité (PARSEC) couvre, quant à lui, les régions de Mopti et de Gao. Pour les besoins de cette analyse, nous nous concentrons sur la région de Mopti, tout en évoquant certaines dynamiques ayant trait aux régions frontalières comme Ségou, ainsi que les aires limitrophes au Burkina Faso, au Niger ou à la Mauritanie.

[2] International Crisis Croup, “Mali Central: la fabrique d’une insurrection”, Rapport Afrique n°238, juillet 2016.

[3] Gregory Chauzal, Thibault Van Damme, « The roots of Mali’s conflict: moving beyond the 2012 crisis », Clingendael, March 2015.

[4] Conseil de sécurité des Nations unies, Rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali, 28 septembre 2017, S/2017/811, p. 7.

[5] Farabougou: le cas qui met en lumière la situation de tout le cercle de Niono, RFI, Publié le : 26/11/2020-04 :13

[6] L’ONU

[7] L’opération Barkhane, qui a succédé à l’opération Serval en Août 2014, est une opération militaire menée par la France dans la bande sahélo-saharienne. Cette opération déploie 4000 militaires français et s’étend sur cinq pays, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. L’objectif affiché de cette opération est la lutte antiterroriste dans la région et elle dispose pour cela de points d’appui et de bases temporaire au Mali, à Tessalit, Kidal et Gao.

[8] L’ONU

[9] Pour rappel, aux termes de la résolution 2531 (2020) du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’appui de la MINUSMA à la Force G5 Sahel est multiforme et intègre le respect et la promotion des droits de l’homme.12 août 2020.

 

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