La charte de principes et l’influence turque en France

Mar 2, 2021 | Études, France

La France a conclu que l’intégration de l’islam dans la scène républicaine française est une nécessité urgente pour assurer le libre exercice de la seconde religion en France, et pour lutter contre l’extrémisme et  protéger les immigrés de l’influence  de leurs pays d’origine qui veulent encore exercer une influence sur eux, dans ce contexte, la France a travaillé sur un projet de loi visant à «promouvoir les principes républicains» en décembre 2020, qui vise à arrêter le financement religieux étranger, à mettre fin à un système permettant aux imams de se former à l’étranger, et à réduire l’enseignement à domicile, que le gouvernement estime que certains utilisent pour augmenter l’extrémisme. Ainsi, sous la pression du gouvernement pour lutter contre ce qu’il appelle «l’islam radical» et protéger la laïcité du pays, est venue la «Charte des principes». Le Conseil français du culte musulman, qui agit comme interlocuteur officiel de la religion islamique auprès de l’ État, a travaillé sur la charte qui a été bien approuvé par des dirigeants musulmans français.

Le Conseil français du culte musulman ne représente pas seulement une minorité de 2500 mosquées françaises, mais il rassemble des organisations directement sous le contrôle de pays comme l’Algérie, le Maroc et la Turquie, avec lesquels le Conseil est censé couper les liens. Le Conseil joue un rôle central pour répondre au doute d’une partie de l’opinion publique sur la fidélité des musulmans à la République française. Le président français Macron avait donné six mois aux représentants de la religion islamique en France pour organiser le processus de formation et d’accréditation des imams indépendants de toute influence politique étrangère et suivant les lois françaises, à condition que la charte serve de référence au nouveau Conseil national des imams.

L’objectif de la charte

La charte a été établie peu de temps après l’assassinat de Samuel Patty, l’attaque de l’église Notre-Dame de Nice et se présente comme une déclaration de loyauté aux principes républicains. L’accord sur la Charte des principes de l’islam français, qui a été signé en janvier, entre les neuf fédérations qui composent Le Conseil français du culte musulman est un progrès indéniable.

La charte vise à harmoniser la foi islamique avec les principes de la république, y compris la laïcité, et à inscrire les musulmans en France avec la pleine citoyenneté, et au rejet de l’utilisation de l’islam à des fins politiques comme une ingérence de certains pays dans la pratique de la foi islamique. Et que tout citoyen français, y compris ceux appartenant à la religion islamique, doit respecter les lois du pays en premier lieu , et respecter les principes, y compris l’égalité entre les sexes et la liberté de religion et le rejet de toute discrimination.

Contenu de la charte

La charte stipule notamment le “principe d’égalité entre les hommes et les femmes” et la “compatibilité” de la loi islamique avec les principes de la république, et souligne “le refus d’employer l’islam à des fins politiques” et la nécessité de “la non-ingérence “par les pays étrangers dans les affaires de la communauté.

L’approbation de la «Charte de principes» ouvre la voie à la mise en place d’un conseil national des imams, qui sera chargé de superviser les imams en France, et qui pourra retirer les licences qui leur sont accordées pour exercer leur activité religieuse s’ils violent les principes de la charte. Comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de croire ou non, et l’obligation de ne pas utiliser l’islam pour mettre en œuvre un agenda politique dicté par une puissance étrangère.

Trois organes s’opposent à la charte

Trois des neuf organes affiliés au Conseil français du culte musulman ont annoncé leur refus de signer une «charte de principes» pour réglementer les affaires musulmanes en France sous sa forme actuelle, considérant que certaines dispositions de cette charte «fragilisent les liens de confiance entre les musulmans de France et de la nation.

Les trois organes sont le «Comité de coordination des musulmans turcs en France», «l’Union islamique Millî Görüş en France» et le mouvement militant «Foi et pratique», et ils ont publié une déclaration commune condamnant ce qu’ils considéraient comme «des paragraphes et des formules dans le texte qui fragilise les liens de confiance entre Les Musulmans de France et la nation, «et les expressions qui portent atteinte à l’honneur des musulmans et ont un caractère accusatoire et marginal». Les trois organes s’opposent particulièrement aux définitions de «l’ingérence» externe et de «l’islam politique». La charte a été signée par cinq des neuf organes du Conseil français du culte musulman, après des désaccords internes qui ont duré des semaines.

L’influence turque en France

Le refus des fédérations turques affiliées au Conseil du culte musulman en France d’adopter la Charte des principes de la République de la laïcité indique l’étendue de l’influence turque sur les musulmans en France, en particulier ceux d’origine turque. Les rapports des services de renseignement français ont indiqué qu’une «véritable stratégie d’infiltration était en cours de préparation à Ankara par les canaux de l’ambassade de Turquie et de ses services de renseignement.

Ces rapports indiquent qu’Ankara a étendu son influence sur la communauté turque en France et dans un certain nombre de pays européens à travers un réseau d’environ 650 organisations.

Des rapports indiquent que plus de 200 enseignants turcs en France travaillent et perçoivent leur salaire, alors que le gouvernement français conclut des accords avec 9 pays tels que la Croatie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Turquie, leur permettant d’envoyer des enseignants dans les écoles françaises pour enseigner les langues aux élèves de ces pays, mais la Turquie a été le seul pays à avoir refusé tout amendement à ses programmes, là où le nombre d’étudiants turcs en France est de près de 15 mille. Ankara finance également des écoles qui font venir leurs enseignants de Turquie afin de promouvoir les idées du Parti de la justice et du développement, qui a été fondé par Recep Tayyip Erdogan. La Turquie compte au moins 5 écoles en France, et selon les renseignements français, “Ces professeurs peuvent être chargés de collecter des informations ou de couvrir les agents des renseignements turcs. »Ankara soutient également des cours de langue et de culture turques et d’autres activités dans toute l’Europe par le biais d’instituts et d’associations qui les gèrent, les contrôlent et les financent.

La Turquie tente également de contrôler la communauté musulmane en France, à travers les imams envoyés par la présidence des affaires religieuses de Turquie, qui fournit ses rapports détaillés directement au président Erdogan. Des rapports indiquent que beaucoup de ces imams ont écrit des rapports sur des citoyens turcs ou français turcs vivant sur le sol français et s’opposant au régime d’Erdogan. De même, «des citoyens français d’origine turque se sont infiltrés dans un certain nombre de conseils municipaux dans le but de défendre les intérêts de leur patrie et d’influencer la politique locale.

Les tentatives d’Ankara pour faire pression sur les musulmans français et les représentants locaux de l’électorat ont suscité l’inquiétude des Français face à l’incursion turque qui s’est répandue dans l’esprit des Français. Ainsi que l’ingérence dans la société française à travers les écoles et les universités et à travers un large réseau d’enseignants et d’employés, en plus des imams, qui a fait craindre de l’impact de cette pensée sur les pays qui souffrent déjà d’attentats terroristes et de la propagation des groupes extrémistes.

Conclusion

Les mesures de Macron contre l’intervention turque en France, telles que l’imposition de restrictions sur le recrutement d’enseignants et d’imams de pays étrangers, notamment la Turquie, s’inscrivaient dans le cadre de son plan contre l’extrémisme, qu’il a appelé ‘’le séparatisme islamique’’, prenant plusieurs mesures pour face à l’extrémisme et au discours extrémiste.

Mais les tentatives de limiter l’influence turque nécessitent des efforts diplomatiques en plus des efforts juridiques, mais elles trouveront l’intransigeance turque comme un obstacle, ce qui place ce dossier subordonné à l’amélioration des relations diplomatiques franco-turques actuelles et futures, notamment à la lumière des relations tendues. entre le président Macron et Erdogan.

 

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