La base militaire de Bagram en Afghanistan : un symbole stratégique toujours disputé

Sep 19, 2025 | Les rapports, politique

Localisation et création

Située dans la province de Parwan, à seulement 60 km au nord de Kaboul, la base de Bagram occupe une position stratégique qui permet de contrôler l’accès à la capitale et de surveiller les vallées environnantes. Construite par l’Union soviétique dans les années 1950, elle symbolisait alors l’alliance militaire entre Moscou et Kaboul. En 1959, le président américain Dwight D. Eisenhower y fit une visite remarquée, révélant déjà l’intérêt de Washington pour ce site hautement stratégique.

Un champ de bataille dans les années 1990

Après le retrait soviétique en 1989, Bagram devint l’un des points névralgiques de la guerre civile afghane. Contrôlée tour à tour par les Talibans et l’Alliance du Nord, elle illustrait la fragmentation militaire et politique du pays.

Le centre névralgique de l’intervention américaine

Après les attentats du 11 septembre 2001, les forces américaines et de l’OTAN s’emparèrent de la base. Celle-ci devint le plus grand complexe militaire de la coalition en Afghanistan, s’étendant sur près de 77 km² et accueillant des pistes d’atterrissage, des hôpitaux, des dépôts logistiques et des centres de renseignement.

Bagram fut aussi associée à des pratiques controversées : plusieurs ONG ont dénoncé l’existence d’un centre de détention secret où des prisonniers auraient subi torture et mauvais traitements.

Le retrait américain et la victoire des Talibans

Dans la nuit du 2 juillet 2021, les troupes américaines se retirèrent discrètement de Bagram, sans avertir les autorités afghanes. Quelques semaines plus tard, le 15 août, les Talibans prenaient Kaboul et s’emparaient de la base, symbole éclatant de leur retour au pouvoir face à la plus grande puissance militaire mondiale.

Un enjeu géopolitique encore brûlant

La perte de Bagram fut vécue aux États-Unis comme un revers stratégique majeur. La base permettait de surveiller non seulement l’Afghanistan, mais aussi l’Iran, la Chine et le Pakistan.

Aujourd’hui, Pékin et Moscou observent avec intérêt la vacance laissée par Washington : la Chine pourrait chercher à intégrer Bagram dans la sécurisation de ses « Nouvelles Routes de la Soie », tandis que la Russie, méfiante, considère ce site comme une pièce clé de son voisinage stratégique.

La déclaration de Donald Trump

Le 18 septembre 2025, le président Donald Trump a relancé le débat en annonçant son intention de « reprendre Bagram ». Selon ses partisans, il s’agit de contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Asie centrale. Mais cette perspective suscite scepticisme et inquiétude, tant le coût humain (plus de 2 400 soldats américains tués) et financier (plus de 2 000 milliards de dollars) de la guerre passée reste vif dans la mémoire collective.

Conclusion

De sa construction soviétique à sa conquête par les Talibans, en passant par son rôle central pour l’armée américaine, Bagram incarne l’histoire tourmentée de l’Afghanistan. La volonté de Trump de la « reprendre » montre que, même après 2021, ce site n’a rien perdu de sa valeur symbolique et stratégique. Son avenir pourrait redevenir un point de friction majeur entre grandes puissances au XXIᵉ siècle.

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