Groenland : le nouveau théâtre de la rivalité géopolitique entre les grandes puissances

Jan 6, 2026 | Les rapports

Moins de quarante-huit heures après l’opération militaire américaine au Venezuela et l’arrestation du président Nicolás Maduro, le Groenland est revenu au centre de la scène géopolitique mondiale.

Le président américain Donald Trump a en effet ravivé, dimanche 4 janvier 2026, ses déclarations sur la « nécessité absolue » de contrôler cette immense île arctique relevant du Danemark, provoquant une nouvelle vague de tensions diplomatiques et rouvrant le dossier de la lutte d’influence dans l’Arctique entre les États-Unis, la Russie et la Chine.

L’escalade de Trump et la fermeté danoise

Dans un entretien accordé au magazine The Atlantic, Donald Trump a affirmé : « Nous avons un besoin vital du Groenland, nous en avons besoin pour la défense ». À bord d’Air Force One, il a ajouté : « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper ». Dans un ton provocateur, il a poursuivi : « Nous nous occuperons du Groenland d’ici environ deux mois… Parlons du Groenland dans vingt jours ».

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a réagi avec une fermeté inhabituelle en déclarant : « J’exhorte vivement les États-Unis à mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et proche ». Dans un communiqué officiel, elle a ajouté : « Il est totalement absurde de prétendre que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland. Les États-Unis n’ont aucun droit d’annexer l’un des trois territoires du Royaume du Danemark ». Elle a également rappelé que le Danemark est membre de l’OTAN et bénéficie des « garanties de sécurité » offertes par l’Alliance.

Une importance stratégique et militaire majeure

Le Groenland revêt une importance stratégique cruciale pour plusieurs raisons. D’abord, sa position géographique : il se situe sur la route la plus courte entre l’Europe et l’Amérique du Nord, ce qui en fait un point d’observation essentiel. L’île accueille depuis 1951, dans le cadre d’un accord avec le Danemark, la base aérienne américaine de Thulé, qui abrite un système d’alerte avancée contre les missiles balistiques.

Durant la guerre froide, l’armée américaine comptait environ 10 000 soldats répartis sur une cinquantaine de bases à travers le Groenland. L’accord de 2004 a toutefois réduit cette présence à quelques centaines de militaires concentrés à la seule base de Thulé.

Avec l’intensification des activités russes et chinoises dans l’Arctique, Washington cherche désormais à renforcer sa présence militaire, notamment pour surveiller l’espace maritime entre le Groenland, l’Islande et la Grande-Bretagne, par lequel transitent les sous-marins nucléaires russes.

La course russo-chinoise dans l’Arctique

Au cours de la dernière décennie, la Russie a rouvert six bases militaires situées au-delà du cercle polaire arctique, fermées depuis la fin de la guerre froide. Moscou a modernisé sa flotte du Nord et déployé de nouveaux navires dans la région. Elle mène régulièrement des exercices militaires et espère que la fonte des glaces ouvrira une route maritime septentrionale le long de ses côtes, comme alternative pour le transport de marchandises entre l’Asie et l’Europe.

De son côté, la Chine a considérablement accru ses activités dans l’Arctique, suscitant de vives inquiétudes à Washington. Comme le souligne Donald Trump dans ses déclarations, le Groenland est « encerclé par des navires russes et chinois », les principaux rivaux stratégiques des États-Unis.

Des richesses naturelles colossales

L’intérêt pour le Groenland ne se limite pas à sa position stratégique. Cette île, dont la superficie est trois fois supérieure à celle du Texas, recèle d’immenses réserves de minerais, ainsi que de pétrole et de gaz naturel. Les réserves offshore sont estimées à environ 50 milliards de barils de pétrole et de gaz, ce qui pourrait placer le Groenland parmi les dix plus grands exportateurs mondiaux.

L’île dispose également de minerais rares, dont l’uranium. Toutefois, l’exploitation progresse lentement en raison de lourdeurs administratives et de préoccupations environnementales, avec un seul petit site minier actuellement en activité.

L’exploration est également freinée par le fait que 80 % du Groenland est recouvert d’une calotte glaciaire pouvant atteindre trois kilomètres d’épaisseur, limitant les opérations aux zones côtières soumises à des conditions climatiques extrêmes.

Des signaux politiques controversés

La publication par Katie Miller, épouse du chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche Stephen Miller, d’une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain accompagnée du mot « SOON » (« bientôt »), a provoqué une vive indignation à Copenhague. L’ambassadeur du Danemark à Washington, Jesper Møller Sørensen, a réagi fermement : « Nous attendons un respect total de l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark », rappelant que son pays a porté son budget de défense pour 2025 à 13,7 milliards de dollars, « pouvant être utilisés dans l’Arctique et l’Atlantique Nord ».

La stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, publiée le mois dernier, met en avant la restauration de la « domination américaine dans l’hémisphère occidental » comme objectif central. Le Groenland, avec une population de seulement 57 000 habitants, se retrouve ainsi au cœur de ce nouveau bras de fer géopolitique.

Alors que 85 % des habitants de l’île rejettent une intégration aux États-Unis selon un sondage réalisé en janvier 2025, Washington poursuit néanmoins ses pressions, s’appuyant sur le succès de son opération au Venezuela pour démontrer sa volonté de recourir à la force. La bataille pour le Groenland n’a pas encore commencé, mais les tensions montent rapidement.

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