Du Sahel central au Golfe de Guinée : genèse, structuration et expansion du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (DNIM, 2016–2025)

Déc 27, 2025 | Afrique, Les rapports

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) s’est imposé comme l’acteur jihadiste le plus influent au Sahel et, progressivement, en Afrique de l’Ouest. Affilié à Al-Qaïda, le JNIM s’inscrit dans une stratégie de long terme fondée sur l’enracinement local, l’exploitation des fragilités étatiques et une expansion territoriale progressive. Initialement centré sur le Mali, le groupe a étendu son rayon d’action vers les pays côtiers du Golfe de Guinée, transformant cette région en un nouvel espace de confrontation sécuritaire majeur.

Les origines du JNIM remontent à l’implantation d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) au début des années 2000. AQMI a profité de la porosité des frontières sahéliennes et de l’immensité des zones désertiques pour structurer des réseaux armés, logistiques et criminels durables. La chute du régime libyen en 2011, suivie de la crise malienne de 2012, a accentué la circulation des armes et des combattants dans l’ensemble du Sahel, créant un environnement particulièrement favorable à l’essor et à la consolidation de groupes jihadistes locaux.

C’est dans ce contexte qu’intervient, le 2 mars 2017, l’annonce officielle de la création du JNIM. Plusieurs groupes jihadistes décident alors de fusionner sous une bannière unique afin de renforcer leur coordination militaire et de rationaliser leur stratégie régionale. Cette coalition regroupe Ansar Dine, dirigé par Iyad Ag Ghali, la Katibat Macina menée par Amadou Koufa, Al-Mourabitoune ainsi que l’Émirat du Sahara. Le JNIM prête allégeance à Ayman al-Zawahiri, confirmant clairement son appartenance idéologique et stratégique à la mouvance d’Al-Qaïda.

Dès sa création, le JNIM adopte une organisation décentralisée, laissant une large autonomie aux katibas locales. Ce modèle lui permet de s’adapter finement aux réalités communautaires, sociales et économiques des territoires dans lesquels il opère. Il renforce également sa capacité de résilience face aux opérations militaires menées par les États de la région et leurs partenaires internationaux, tout en facilitant une expansion territoriale progressive et flexible.

À partir de 2016, le Mali devient le noyau opérationnel du JNIM. Le groupe y est particulièrement actif dans les régions de Bamako, Ségou et Kayes, où il combine attaques armées, intimidation des populations civiles et mise en place de formes de contrôle social localisé. Cette implantation durable constitue la base arrière à partir de laquelle le JNIM projette ses opérations vers les pays voisins.

Entre 2016 et 2017, le groupe étend rapidement son influence au Burkina Faso. Il multiplie les attaques à Ouagadougou, Fada N’Gourma et Djibo, tirant parti de l’effondrement progressif de l’autorité étatique dans les zones rurales et de la faiblesse des dispositifs sécuritaires. Cette phase marque une montée en puissance spectaculaire de la violence jihadiste dans le pays.

À partir de 2017, le Niger est à son tour intégré dans l’arc de violence sahélien. Les régions de Tillabéri, Zinder et Diffa sont touchées par des incursions transfrontalières répétées, inscrivant durablement le pays dans la dynamique régionale portée par le JNIM et ses alliés.

Entre 2019 et 2020, le JNIM franchit une étape stratégique majeure en pénétrant le nord du Bénin, notamment dans les zones du parc W et de la Pendjari. Cette avancée marque une rupture géographique et symbolique, traduisant la volonté explicite du groupe d’atteindre les États côtiers du Golfe de Guinée et d’élargir son champ d’action au-delà du Sahel central.

Depuis 2020, des tentatives d’infiltration sont observées en Côte d’Ivoire, en particulier autour de Bouna, Bouaké et dans certaines zones périphériques d’Abidjan. Ces mouvements confirment l’élargissement progressif du théâtre d’opérations du JNIM et la montée des menaces pesant sur la profondeur stratégique des États côtiers.

À partir de 2025, plusieurs évaluations sécuritaires font état de tentatives d’implantation au nord du Ghana, reposant sur des réseaux logistiques et communautaires. Le Sénégal apparaît également comme une cible potentielle, même si l’État y conserve un dispositif sécuritaire plus robuste et une capacité de prévention plus avancée que dans d’autres pays de la région.

L’expansion du JNIM vers le littoral ouest-africain répond à des objectifs stratégiques clairement identifiés. Il s’agit de desserrer la pression militaire exercée au Sahel central, d’accéder aux routes commerciales et maritimes du Golfe de Guinée, de diversifier les sources de financement et de recrutement, et de menacer directement des États côtiers considérés comme des partenaires clés de l’Occident. Cette dynamique confirme le déplacement progressif de l’épicentre jihadiste du Sahel vers l’Afrique de l’Ouest côtière.

Issu de la recomposition des réseaux d’Al-Qaïda au Sahel, le JNIM a ainsi évolué d’un mouvement insurgé initialement localisé vers une organisation régionale transfrontalière. Son expansion vers le littoral ouest-africain constitue aujourd’hui l’un des défis sécuritaires majeurs pour les pays du Golfe de Guinée, rendant indispensable une coopération régionale renforcée, un partage accru du renseignement et des politiques de prévention ciblant les causes structurelles de l’instabilité.

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