Des pays européens remettent de nouveau le dossier de Lutte anti-terroriste au premier plan

Mai 27, 2020 | Anti terrorisme, Études

En réponse et en guise de mise  en garde à des informations faisant cas de l’exploitation par des groupes terroristes, du fait de la préoccupation totale des États face aux conséquences du Coronavirus et ce, au détriment de la lutte antiterroriste, certains pays européens ont pris des décisions rigoureuses. Ainsi le rapport de l’international Crisis Group a fait ressortir que les conditions du confinement et la distanciation sociale représentaient une opportunité, pour ces organisations, d’étendre leur influence et de lancer de nouvelles attaques. Aussi, ces pays ont remis, ces derniers mois, le dossier du terrorisme au premier rang de leurs préoccupations par des dispositions particulières sur le plan tant interne qu’externe.

Au niveau interne :

Allemagne :

L’annonce a été faite du démantèlement d’une cellule terroriste de cinq tadjiks, d’obédience État Islamique, qui était en contact avec des personnalités de l’organisation depuis le début de l’année dernière et qui envisageait d’attaquer des bases américaines en Allemagne.

Selon les informations, cette planification aurait pu se dessiner après que les États-Unis aient reconsidéré leur décision de retirer certaines de leurs forces stationnées au Moyen-Orient à l’instar de certains pays (Australie, Espagne, France, Royaume-Uni, Nouvelle Zélande, Portugal et Pays-Bas)qui ont suspendu leurs activités dans les zones antiterroristes sachant que la plupart de leurs entraîneurs viennent de zones antiterroristes.

L’opération de démantèlement de la cellule terroriste est considérée comme un message clair, que la priorité de la surveillance et du suivi du terrorisme existe malgré la préoccupation des répercussions de l’épidémie de corona.

Mesures françaises : Le ministre français de l’Intérieur a révélé que son pays avait déjoué une attaque terroriste à Paris qui aurait pu faire des dizaines de morts, avant la période du confinement, pour contenir la propagation du virus.

Et qu’elle a pris des mesures supplémentaires, très strictes, après les attentats terroristes qui ont eu lieu en avril de cette année, après que deux policiers français ont été grièvement blessés, après avoir été heurtés par une voiture à Colombes, et une attaque au couteau par un terroriste contre deux policiers dans la ville de La Courneuve, au nord de Paris, où la police a réussi à le tuer.

Là où les patrouilles de police et le système de surveillance électronique dans les rues ont été renforcés, et la France avait préalablement notifié à la Commission européenne, début avril de cette année, d’étendre le contrôle délégué aux frontières depuis les attentats de 2015, pour deux objectifs, le premier, afin de suivre et de surveiller les frontières pour lutter contre le terrorisme, et La France a l’habitude de le renouveler tous les 6 mois, en ne respectant pas les règles de libre circulation dans l’espace Schengen. Deuxièmement, surveiller la mobilité afin de limiter la propagation du virus.

Mesures européennes : Comme la plupart des pays du monde, 13 pays de l’Union européenne, dont la Suisse, la Norvège et l’Espagne, reviennent aux contrôles aux frontières, contournant la liberté de circulation établie par le traité de Schengen, en raison de l’épidémie de Covid-19, qui a également été investie dans la surveillance du terrorisme.

Où des sources de sécurité ont rapporté que des militants de l’Etat islamique ont été arrêtés récemment dans la ville d’Almeria (sud-est de l’Espagne). Ajoutant que la personne recherchée était entrée officieusement récemment et avait été retrouvée cachée dans un appartement loué. Selon CNN le 22 avril 2020, deux autres personnes ont été arrêtées à son domicile, qui accompagneraient ce terroriste lors de son voyage en Espagne.

Des sources de sécurité italiennes ont déclaré qu’il s’agissait d’un Egyptien de 43 ans, résidant dans la ville de Marina di Gioiosa Unica, accusé de terrorisme, et qu’il était en contact avec “Anis El-Amri”, le tunisien qui a perpétré l’attaque du marché de Noël à Berlin. Les sources ont confirmé que le détenu était un prisonnier et a été libéré en mars 2020, mais selon les suites données à sa libération, il a révélé son souhait de lancer une attaque terroriste en Italie.

Au niveau externe

L’Europe considère le Sahel comme une région essentielle pour sa sécurité, car les conflits et la pauvreté sont les deux principaux moteurs de la migration vers l’Europe et l’un des principaux motifs d’extrémisme, et juge bon de discuter de la stratégie de l’Union européenne et des Nations Unies et d’adapter ses outils à celle-ci.

Bien que l’Europe ait intensifié ses efforts pour soutenir les pays sahéliens à la lumière de la pandémie de Corona, elle a récemment discuté d’une annulation complète des dettes des pays africains qui ont été affectés par la propagation de la pandémie de Coronavirus. L’Europe a renouvelé son engagement à soutenir les États du Sahel dans la lutte contre le terrorisme et a alloué 194 millions d’euros aux pays du Sahel pour renforcer leurs forces de sécurité.

Le gouvernement allemand a accepté d’étendre la mission de l’armée allemande aux cinq États du Sahel, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, en se concentrant principalement sur le Mali, pour soutenir les efforts de lutte contre le terrorisme dans cette région. Cela porterait à 450 le nombre des forces allemandes au Mali, soit une augmentation de 100 personnes par rapport à la mission actuellement en place.

Quant à la France, elle a obtenu début janvier une position claire des dirigeants des Etats sahéliens confirmant leur volonté de poursuivre la présence militaire française, tout en renforçant la coopération militaire, en formant une “coalition pour le Sahel”, large coalition internationale de lutte contre le terrorisme au Sahel qui sera bientôt lancée.

Mais ces efforts, soutenus par les dirigeants politiques et militaires de ces pays, se heurtent à une forte opposition des masses des pays sahéliens. Alors que les dirigeants des pays sahéliens assistaient au « Sommet du Pau» en France, des manifestations ont eu lieu dans certaines villes du Mali et du Burkina Faso, ils ont tenu des slogans contre la présence militaire européenne, en particulier la France, pré-rejetant les résultats de ce sommet, estimant que les dirigeants des pays du Sahel avaient été “convoqués de manière humiliante”; Ils ont scandé des slogans contre la présence militaire française, tels que: “Oui, le départ des forces françaises!”, “Pour le départ de la France” et “Oui, le départ des forces étrangères!”, Et des slogans disant: Arrêtez les massacres français au Mali.

Il est clair qu’il existe un grand fossé entre les masses et les dirigeants politiques. Par conséquent, cela oblige les pays de l’Union, en particulier la France, à y changer les tactiques d’intervention et à renforcer dans leur stratégie, les outils d’une intervention plus douce et à se concentrer sur les aspects du développement, car les motifs d’extrémisme et de terrorisme dans ces pays sont fondés sur la pauvreté et le rejet.

Quant à la région du Moyen-Orient : en Irak, l’OTAN a annoncé que la formation des soldats en raison de l’épidémie serait annulée pour une période de 60 jours. La coalition contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie a annoncé qu’elle prenait des mesures de précaution contre le virus et empêchait les mouvements au sein des unités, en plus des mesures de stérilisation et de prudence qui prennent plus de temps, et a alloué de nombreuses ressources pour lutter contre le virus, ce qui limite à son tour les efforts de lutte contre l’organisation localement.

Alors que, les États-Unis ont appelé leurs citoyens à quitter l’Iraq dès que possible, tout en évacuant le personnel non essentiel de son ambassade à Bagdad et du consulat d’Erbil, pour des raisons de sécurité et de propagation du coronavirus.

Ce vide était une occasion en or pour l’organisation afin de reprendre son influence.

Conclusion

On peut dire que les services de sécurité ont fait des progrès clairs dans le contrôle des frontières et dans le contrôle interne, alors qu’ils sont occupés à fournir un soutien aux établissements de santé pour contenir le virus.

Ces efforts ont eu un effet multiplicateur positif, car ils ont pu limiter les mouvements du terrorisme, après que ces groupes ont perdu l’élément de surprise et d’initiative dans la réalisation des opérations à la lumière de la politique de distanciation et du confinement.

Mais ces succès ne peuvent être maintenus si la vie revient à la normale dans ces pays, en particulier après que des millions de personnes sont descendues dans la rue, ce qui alourdira le fardeau des services de sécurité en matière de surveillance et de contrôle. Les estimations anticipent les risques futurs si les services de sécurité assouplissent leurs mesures actuelles.

Les pays européens doivent continuer à intensifier leurs efforts pour assiéger et éliminer le terrorisme, par le biais de mesures élargies qui sont menées parallèlement les uns aux autres sur divers fronts et axes, à commencer par une surveillance stricte des suspects, une surveillance sur le terrain dans les rues, des lieux de rassemblement de masse, des lieux de culte et des centres de radicalisme idéologique, par la mise en place de « club d’expérience » ; C’est un club qui rassemble des experts de plusieurs pays pour profiter de leurs expériences dans la lutte et la réduction des dangers du terrorisme, comme l’Égypte et le Maroc, et frapper les foyers de recrutement et de prolifération.

Cela exige également que ces pays activent davantage les processus de coordination avec les forces locales dans ces pays, en particulier en Iraq, où la scène a commencé à être plus fertile pour le retour de l’État islamique, qui a montré un intérêt remarquable de renforcer sa présence en Irak parallèlement à son empressement à élever le niveau de ses opérations en Syrie.

Dans le cadre d’une nouvelle approche qui s’appuie davantage sur la prolifération organisationnelle que sur le contrôle spatial, dans le but d’envoyer un message précis, les défaites que l’organisation a subies ainsi que les fortes frappes, n’ont pas conduit à son élimination.

 

Mots clés :Europe | Frontières | Sécurité
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