Attaques contre les Emirats: Les Houthis mènent-ils une guerre par procuration?

Fév 3, 2022 | Les rapports

Attaques des Houthis contre les Emirat: qui veut vraiment déstabiliser la région?

Les attaques menées, en janvier 2022, par les Houthis contre la capitale des Émirats arabes unis, Abu Dhabi, ont soulevé de nombreuses interrogations sur la milice Houthi et ses systèmes de missiles mais aussi sur les répercussions de ces attaques sur l’avenir des Émirats arabes unis qui ont accusé officiellement les Houthis d’avoir utilisé des missiles balistiques. Il s’agit d’un développement sans précédent sur deux plans pour les Emirats.

En premier lieu, l’attaque était dans la profondeur des Émirats arabes unis. En deuxième lieu, ces attaques ont été menées d’une manière inédite. En effet, les Houthis ont atteint une évolution dangereuse, sachant que depuis le début de la guerre en 2015, les Houthis avaient lancé environ 430 missiles balistiques et 851 drones contre l’Arabie Saoudite, tuant 59 civils saoudiens. Ces missiles et drones des Houtis n’ont pas pu atteindre les Emirats, d’autant plus que la distance entre la capitale yéménite, Sanaa, et la ville d’Abu Dhabi aux Emirats est d’environ 1.100 km. L’accès le plus probable pour les drones et missiles utilisés dans les attaques serait l’espace aérien saoudien, ce qui signifie que la portée de ces armes est de plus d’un millier de kilomètres. Cela aurait des conséquences inéluctables.

Motivations des attaques des Houthis

Dans la foulée des condamnations et dénonciations régionales et internationales des attaques ciblant des installations civiles aux Émirats arabes unis, qui avaient annoncé leur retrait du Yémen en 2019 après une vague de critiques sur leur présence dans ce pays, des analyses ont également été faites sur les motivations de cette attaque audacieuse et sans précédent. Ces analyses ont attribué ces attaques à plusieurs facteurs sur le terrain au Yémen, notamment :

La récente escalade à Marib

Les forces yéménites, armées et entraînées par les Émirats arabes unis et opérant sous la bannière de la coalition, ont chassé les forces houthies de la région de Shabwa et les ont empêchées d’accéder à la ville de Marib (au centre du Yémen) qui sont des zones stratégiquement importantes pour les Houthis au regard de leur richesse en ressources énergétiques mais aussi étant le dernier grand bastion du gouvernement yéménite dans le nord du pays. Mais les récents revers qu’elles ont subies – qu’ils attribuent à l’ingérence des Emirats dans la guerre – rendront la prise de Marib plus difficile.

Depuis le retrait des Émirats du Yémen en 2019, Abou Dhabi n’a maintenu qu’un petit groupe antiterroriste sur le terrain et a affirmé ne pas être impliqué dans des opérations anti-Houthi. Mais ces dernières semaines, Abu Dhabi a de nouveau intensifié ses opérations aériennes et son soutien aux groupes anti-Houthi tels que les Brigades al-Amalika (Brigades des Géants), crées et financés par les EAU.

« Cela contredit l’approche et les garanties des Émirats qui se sont engagés à se retirer du Yémen pour sauver la face. Les Emirats sont revenus à l’escalade et ont intensifié leur agression contre nous, c’était donc le début de notre réponse », a déclaré le membre du bureau politique du groupe Houthi, Muhammad al-Bakhiti, dans un communiqué de presse sur les récentes attaques.

Pression de Téhéran sur ses relais houthis

Les objectifs géopolitiques et l’éventuelle utilisation des relais pour réaliser indirectement des ambitions ne peuvent être exclus, car la milice houthie au Yémen est considérée comme un relais pour l’Iran pour faire pression sur la région et ses voisins afin de faire passer ses intérêts par un chantage indirect sur les Européens et les Américains pour qu’ils acceptent ses conditions concernant le dossier nucléaire.

En effet, depuis la relance des négociations sur le nucléaire iranien, l’Iran a revu en hausse le budget de financement au profit des Houtis dans leurs attaques contre les Émirats et l’Arabie saoudite. Cette stratégie a toujours nourrit les divergences internes iraniennes, en particulier à l’époque de Soleimani, lorsque les décideurs iraniens étaient divisés sur la manière de traiter et de gérer le conflit yéménite.

Les dirigeants pro-Gardiens de la révolution et proches de Qassem Soleimani, avec le soutien du guide suprême Ali Khamenei, penchaient pour un rôle iranien plus direct dans la région en général et au Yémen en particulier. Cependant, le président Hassan Rouhani et le ministre des Affaires étrangères Zarif ont estimé que l’Iran devrait être plus prudent au Yémen et que la situation y est très différente de celle de l’Irak ou de la Syrie. Pour ces derniers, cette stratégie constitue un épuisement pour le trésor de l’État, d’autant plus que ces fonds doivent être investis pour atteindre des objectifs stratégiques dans des dossiers, plus importants dont le dossier nucléaire. Cette stratégie est peut-être encore appliquée. 2022 sera une année cruciale qui déterminera l’issue de 18 ans de négociations entre Téhéran et les puissances occidentales sur son programme nucléaire, qui se trouve à la croisée des chemins. D’autant plus que l’année 2021 a vu des tensions constantes, des menaces mutuelles et une grande perturbation sur le dossier.

Répercussions de l’attaque

Répercussions sur l’image de sécurité et de stabilité aux EAU

Les Émirats arabes unis sont connus un pays qui dépend fortement du commerce, des investissements étrangers et du tourisme pour ses revenus financiers. Ce pays est une oasis de stabilité dans une région turbulente. Cependant, c’est un petit pays, et la sécurité continue est le secret de son succès. Cela rend les Émirats arabes unis très sensibles à la tension.
La question qui se pose est la suivante : comment les systèmes sophistiqués de défense aérienne des Emirats qui valent des milliards de dollars ne pourraient-ils pas détecter et riposter à l’attaque ? Où sont les systèmes d’alerte et de préparation.
Le grand danger est que ces systèmes ne soient pas capables de détecter et de contrer ces missiles et drones.

Répercussions sur les relations émirato-iraniennes

Malgré les déclarations infirmant d’être l’instigateur de ces récentes frappes, les relations de l’Iran avec les Émirats, qui ont récemment connu une évolution positive remarquable, ne seront pas affectées. A la fin d’année 2021, une rencontre a eu lieu entre le conseiller à la sécurité nationale des EAU, Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, avec le président iranien Ebrahim Raïssi, et Ali Shamkhani à Téhéran ainsi que la visite d’Ali Bagheri Kani, vice-ministre iranien des affaires étrangères chargé des affaires politiques et négociateur en chef des pourparlers de Vienne. En outre, Anwar Gargash, le conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis a eu une rencontre avec le ministre d’État Khalifa Shaheen Al-Marar. Il s’agit également de l’accord exprimé par les deux pays pour ouvrir une nouvelle page dans leurs relations.

Ces nouvelles circonstances ont mis les Iraniens dans une situation difficile car ils ne peuvent pas appeler les Emiratis à davantage de dialogue par la voie diplomatique, à un moment où les Houthis attaquent toujours la profondeur émiratie. Une autre attaque a également été menée une semaine après, mais les défenses aériennes des Émirats l’ont intercepté. Cela signifie que les relations des Émirats avec l’Iran pourraient être à nouveau mises à l’épreuve.

L’attaque ne consolide pas les orientations régionales et américaines qui ont commencé à émerger après que l’administration Biden ait prôné une solution pacifique au conflit au Yémen, qui aurait dû engager un dialogue avec les Houthis afin de retirer leur nom des listes du terrorisme.

Dans ces contextes, il est encore difficile de prédire l’avenir de la situation, car l’attaque et la tension sont encore dominantes. Toutefois, cela ne signifie pas que les choses vont continuer dans cette direction, et il vaut mieux revenir au calme sur tous les fronts et d’aller au dialogue, étant le moyen le plus important pour rapprocher les vue, d’autant plus que tous les événements et conflits en cours affectent grandement les civils et aggravent la situation humanitaire.

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