Après le recul français en Afrique, Macron tente un repositionnement stratégique en Syrie

Juil 8, 2026 | Afrique, Europe, France, Les rapports, politique

Après plusieurs années de recul de son influence au Sahel et en Afrique de l’Ouest, la France semble chercher de nouveaux espaces de présence politique et économique. Dans ce contexte, la Syrie apparaît comme un terrain stratégique pour Paris, à la fois pour des raisons diplomatiques, énergétiques et économiques.

La visite d’Emmanuel Macron à Damas, présentée comme la première d’un chef d’État occidental depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, dépasse la simple portée symbolique. Elle traduit une volonté française de se positionner rapidement dans la nouvelle phase syrienne, notamment sur les dossiers de la reconstruction, des infrastructures, de l’énergie et des équilibres régionaux.

À Damas, la visite de Macron aux côtés du président syrien Ahmed al-Charaa dans la vieille ville et à la Grande Mosquée des Omeyyades a porté un message politique fort. Ce lieu, chargé de symboles, avait déjà marqué une étape importante dans la transition syrienne. En s’y rendant avec le nouveau dirigeant syrien, le président français a envoyé un signal clair : Paris souhaite reconnaître et accompagner la nouvelle étape politique du pays.

Selon plusieurs médias français, Emmanuel Macron avait déjà pris de l’avance sur d’autres dirigeants occidentaux en recevant Ahmed al-Charaa à l’Élysée en mai 2025 et en plaidant pour un assouplissement des sanctions contre Damas. Cette anticipation diplomatique permet aujourd’hui à la France d’espérer une place privilégiée dans les discussions sur l’avenir économique de la Syrie.

Au-delà du symbole politique, la visite comporte une dimension géoéconomique importante. La Syrie occupe une position stratégique entre l’Irak, le Golfe et la Méditerranée. Si certains projets énergétiques, comme la remise en service de l’oléoduc Kirkouk-Baniyas, venaient à se concrétiser, le pays pourrait redevenir un corridor régional majeur pour le transport du pétrole vers la Méditerranée.

La composition de la délégation française illustre cette ambition. Des représentants de grands groupes comme CMA CGM, TotalEnergies, Airbus et Thales ont accompagné la visite présidentielle. Le secteur portuaire, l’énergie, les infrastructures, l’aviation civile, les services bancaires et la gestion de l’eau figurent parmi les domaines les plus importants de la coopération envisagée.

CMA CGM, déjà impliqué dans le port de Lattaquié, a annoncé un investissement supplémentaire de 200 millions d’euros. De son côté, TotalEnergies s’intéresse aux hydrocarbures, à l’énergie solaire et aux projets liés aux voies de transit énergétique. Pour Paris, la Syrie pourrait donc devenir non seulement un marché de reconstruction, mais aussi un maillon stratégique dans les futurs équilibres énergétiques régionaux.

La France cherche également à accompagner la remise en état des institutions syriennes. Le soutien technique annoncé à la Banque centrale syrienne s’inscrit dans cette logique, alors que Damas souhaite sortir de la liste grise du Groupe d’action financière d’ici 2027. Mais les obstacles restent considérables : les sanctions ne sont pas totalement levées, les réformes financières demeurent fragiles et le coût de la reconstruction est estimé à plus de 216 milliards de dollars.

Cette visite intervient aussi dans un contexte sécuritaire délicat. Les explosions signalées à proximité du lieu où se trouvait la délégation française rappellent que la stabilisation du pays reste incertaine. Malgré cela, Macron a choisi de maintenir son déplacement, voulant montrer que la France ne renonce pas à son engagement dans cette nouvelle phase.

Il est difficile de séparer cette initiative syrienne du recul français en Afrique. Après les retraits militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris cherche à redéfinir sa stratégie internationale. La Syrie offre à la France une occasion de redevenir visible dans un dossier régional majeur, tout en défendant ses intérêts économiques.

Mais le défi principal reste celui de la crédibilité. La France a déjà été critiquée dans la région pour des promesses ambitieuses restées sans résultats concrets, notamment au Liban après l’explosion du port de Beyrouth en 2020. En Syrie, la réussite ne se mesurera donc pas au nombre d’accords signés, mais à leur mise en œuvre réelle.

Ainsi, la visite de Macron à Damas marque une tentative claire de repositionnement français au Moyen-Orient. Paris veut être présent dans la reconstruction, l’énergie et les infrastructures.

Mais dans une Syrie encore fragile politiquement, économiquement et sécuritairement, la France devra prouver que son retour ne se limite pas à une opération diplomatique symbolique.

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