Africom des Etats Unis d’Amérique : guerre de ressource naturelle

Mar 25, 2021 | Études

Dr. Mady Ibrahim Kante

Les Etats-Unis, comme 1er producteur mondial de pétrole en 2017[1]. Selon Dominique Seux les Etats-Unis « se rapprochent de l’indépendance énergétique ». Malgré cela, les Etats-Unis sont toujours à la recherche du pétrole dans le monde. Apres le contrôle total sur la production pétrolière de la péninsule arabique ainsi celle d’Amérique Latine, ils se sont dirigés vers le continent africain, où l’avenir du monde se trouve. D’après Peter Gleick, « les ressources naturelles ont été employées dans le passé, et le seront dans l’avenir, comme outils ou cibles de guerres, et en tant que buts stratégiques motivant les combats ». Cependant, le continent africain a subi toutes invasions étrangères, depuis l’arrivée des européens, suivi par leur impérialisme pour leur bien-être au profit des africains. Toutefois, les Etats-Unis ne faisaient pas partie de la liste des conquérants de l’époque. Suite à l’indépendance du continent, les guerres s’éclatèrent, alors les Etats-Unis s’imposent en s’impliquant dans la résolution des conflits africains.

Bien que les situations sécuritaires du continent africain changent, les Etats-Unis font recours aux nouvelles stratégies politiques extérieures en vers l’Afrique. La guerre contre le terrorisme international ouvre la grande porte d’entrée pour les Etats-Unis, qui contrôlent leurs intérêts à l’étranger par l’armée – en créant une base militaire -, donc, l’Africom des Etats-Unis s’installe en Afrique.

La crise terroriste au Sahel

L’arc sahélien attire toutes les convoitises du fait des richesses de son sous-sol et des futurs projets de désenclavement des ressources énergétiques. Fournisseur prépondérant d’énergie à l’horizon 2030, le Sahel suscite des rivalités pour le contrôle des gisements (lieux de production), enjeu majeur, mais également des itinéraires d’évacuation dessinant jour après jour une nouvelle géopolitique des tubes. Une superposition de la carte des conflits et des ressources à l’échelle africaine est édifiante.

Des projets géopolitiques assortis de dispositifs diplomatiques et militaires s’affrontent sur fond d’enjeux énergétiques au sein du couloir sahélien : un projet chinois visant à terme à désenclaver les richesses pétrolières et minérales du Sahel à travers Port Soudan vers la mer Rouge suivant un axe horizontal depuis la Mauritanie, et un projet occidental visant à désenclaver ces richesses à travers le Golfe de Guinée.

Le Sahel comme espace tampon mais surtout carrefour d’échanges entre le sud et le nord du Sahara, difficilement contrôlable, la bande sahélo-saharienne développe une conflictualité endémique sur laquelle les différents acteurs ont peu de prise. Les facteurs déstabilisateurs et crisogènes sont nombreux et se combinent selon des logiques et des schémas extrêmement complexes[2]: défaillance politique des Etats locaux, qui n’arrivent pas à contrôler la vaste territoire désertique, les tensions politiques internes, la militarisation croissante de la zone, la forte pression démographique, les trafics de drogues et d’armes, un climat d’insécurité généralisé, les rivalités des grandes puissances pour le contrôle des ressources naturelles des pays sahélo-sahariens.

« Dans l’espace sahélien/saharien, on est face à un problème, d’abord géopolitique, d’une grande complexité avec des enjeux autant multiples que les acteurs, pour beaucoup d’observateurs, les plus avertis, c’est là que « se décide l’avenir du Monde », en raison des ressources non exploitées et que le Sahara renferme ; ensuite, on est devant des conséquences directes d’une configuration géographique et socio-culturelle [3]». Les défis sont tels que certains pays du Sahel-Sahara n’arrivent pas à contrôler leurs territoires. Cette partie du Sahel-Sahara, est déjà dans une configuration complexe depuis plus deux décennies, en raison notamment de la présence d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), ainsi que Boko Haram au Nigeria, Ansar Al-Dine, Mourabitoun et MUJAO au Mali, etc.

Les choses sont allées bien vîtes ces derniers temps. Les pays de la région ont été pris au dépourvu, par conséquent, les gouvernements ont souhaité les soutiens de la Communauté internationale, dans leur lutte contre les groupes Jihadistes qui contrôlent les territoires plus que les autorités.

La géostratégie des Etats-Unis pour le Sahel

Les Etats-Unis considèrent que la Chine est, au cours de ce siècle, leur plus grand rival mondial dans plusieurs domaines, y compris l’accès aux ressources naturelles énormes, notamment le pétrole et le gaz. Leur stratégie en matière de politique étrangère en Afrique de l’ouest semble dictée principalement par le lobby pétrolier (exigence de sécurité énergétique), la guerre contre le terrorisme, et la concurrence avec la Chine[4].

Pour les américains, la bande sahélo-saharienne serait devenue une zone de non droit, un nouvel Afghanistan dans lequel Al Qaïda voguerait en toute impunité. « Couple infernal, car là où se trouve Al Qaïda, on voit apparaître l’armée américaine, et à l’inverse, quand celle-ci débarque quelque part, on voit immédiatement Al Qaïda se manifester. Et comme à chaque fois, pour peu que l’on fouille un petit peu, on retrouve derrière ces ‘’affrontements’’ Georges W Bush – Oussama Ben Laden, les énormes intérêts des compagnies américaines »[5].

Dans son évaluation de la politique étrangère des Etats-Unis en Afrique de l’ouest, Claire Woodside, du Centre des études étrangères de l’université de Dalhouse, observe que ‘’ ces influences ont abouti à une stratégie de politique étrangère qui se focalise tout d’abord sur la militarisation de l’Afrique.’’

On comprend ainsi l’intérêt de Washington pour le Niger alors même que ses compagnies pétrolières ne sont pas impliquées dans l’exploitation pétrolière et qu’il n’a pas manifesté d’intérêt dans l’extraction de l’uranium.

En dehors de la dimension sécuritaire, la présence de Pékin ou encore le souci de garantir la diversification de l’offre de ressources (à l’opposé de la stratégie française consistant à s’approprier des réserves destinées spécifiquement à satisfaire ses besoins) suffisent à justifier l’intérêt actuel pour le Niger.

Africom des Etats-Unis

La coopération africaine avec les États-Unis s’est amorcée depuis le début des préparatifs en vue d’attaques dans diverses régions du monde en réponse aux événements du 11 septembre. La région du Sahel de l’Afrique de l’Ouest est présente dans l’esprit des responsables américains, comme l’un des domaines dans lesquels les États-Unis doivent élaborer des stratégies spécifiques, pour lutter contre les groupes djihadistes. La pensée américaine s’est concentrée sur la nécessité d’éliminer le terrorisme en Afrique en général afin de ne pas devenir un refuge pour les djihadistes. L’administration américaine a estimé que l’Afrique, avec tous les facteurs d’instabilité et de guerre, sont des abris sûrs pour les djihadistes fuyants du Moyen-Orient, et les responsables américains n’ont pas oublié les attaques terroristes en Afrique, telles que les attentats à la bombe contre les ambassades américaines à Nairobi et à Dar Es Salaam en 1998.[6]

Les régions d’Afrique et du Sahel-sahara occupent une place prépondérante dans les appels lancés par les États-Unis en faveur de la lutte contre le terrorisme en Afrique, qui s’appuient sur une série de faits, tels que l’existence des factions AQMI et Ansar Al-Din en plus de Boko Haram au Nigeria, réalisent des enlèvements et des attentats à la bombe dans différentes pays du continent, et ces opérations nuisent aux intérêts de l’Occident en Afrique.[7]

Coïncidait également des vues américaines sur la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest avec les intérêts de tous les pays occidentaux dans la région, qui a une richesse future et ses endroits stratégiques, où les pays du Nord de l’Afrique de l’Ouest sont situés sur le Sahel, ainsi que l’Afrique de l’Ouest est riche en pétrole, du gaz et de l’or, en plus de l’uranium et d’autres minéraux.[8]

La majorité des pays de la région se caractérisent par l’abondance de leurs ressources naturelles, notamment le pétrole, certes, cela intéresse les États-Unis, après l’émergence de mouvements extrémistes dans bon nombre de pays, bien qu’ils souhaitent établir leurs bases militaires (AFRICOM) sur l’ensemble du continent.

Le Nouveau commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), pour les États-Unis, avec sa culture de la lutte contre les djihadistes, est toujours affrontement militaire direct qui est priorisé. Les États-Unis et les pays occidentaux ont cherché à assiéger ces groupes jihadistes à travers la mise en place du nouveau commandement militaire américaine en Afrique « AFRICOM ». Ils ont également permis d’inclure  ces groupes sur la liste américaine des organisations terroristes, et la liquidation de ses dirigeants, puis la récompense financière pour toute information à leur sujet. Cependant, la coopération avec les gouvernements des États de la région dans le domaine de l’intelligence et l’extradition ont été mises en place aussi. La coopération est allée au-delà de cela, des initiatives ont été mises en place, de communiquer avec les populations locales de la région à travers les médias, en particulier la radio, ainsi que de modifier des programmes scolaires des pays[9], mais également de fournir une aide généreuse aux gouvernements des pays concernés, afin d’accroître les services en dehors des grandes villes, et la lutte contre la pauvreté et le chômage.

D’après le rapport du Département d’État américain, Al-Qaïda au Maghreb islamique est la plus grande menace terroriste dans le Sahara et du Sahel ; certes, les djihadistes se déplacent entre les pays maghrébins et l’Afrique de l’Ouest à travers le Sahara et Sahel, en particulier entre l’Algérie, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ils continuent à kidnapper les étrangers et à lancer des attaques. Le rapport indique qu’AQMI tire la grande partie de son soutien financier d’argent qu’ils reçoivent comme rançon en échange de la libération des otages étrangers enlevés. Il a ajouté que les gouvernements des pays de la région ont augmenté au cours des dernières années à prendre des mesures pour lutter contre le terrorisme, mais qu’il y avait un besoin d’aide extérieure sous forme de militaires du renforcement des capacités.[10]

 Pour conclure, il semble que l’activité des organisations terroristes en Afrique soit devenue une préoccupation croissante de l’administration américaine, qui souhaitait établir une base militaire gigantesque dans des pays de la région pour pouvoir surveiller la vaste région allant de la Somalie à la Mauritanie, une région deux fois plus vaste que le continent européen. Donc, ils devront disposer une grande base militaire similaire à celle d’Allemagne, qui sera dans le Sahel notamment au Nord-Mali comme quartier général de cette base militaire (AFRICOM).[11] Les États-Unis ont également l’intention de développer leur coopération avec les pays africains dans la mise en œuvre de son programme intitulé “Initiative de lutte contre le terrorisme à travers le Sahara” qui prévoit une assistance militaire aux pays africains du désert du Sahara pour lutter contre le terrorisme et lutter contre le trafic de drogue. AFRICOM exécute cette mission.

La première phase de “l’initiative de lutte contre le terrorisme dans le Sahara” a vu la participation de 700 soldats américains et de 2100 soldats de neuf pays, et l’initiative est conçue conformément au plan américain visant à vaincre les groupes jihadistes cherchant à se concentrer dans la région, ce qui est devenu important pour les États-Unis en raison de présence des ressources naturelles. Washington continue à renforcer sa présence militaire dans la région, qui pourrait alimenter les tendances radicales dans la région.

[1] https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2012/11/13/les-etats-unis-1er-producteur-mondial-de-petrole-en-2017/

[2]Mehdi TAJE,2010, « Enjeux Ouest- africains, Vulnérabilités et facteurs d’insécurité au sahel », Bulletin N°1 CESAO/OCDE, Club du Sahel.

[3]http://www.mo.be/fr/artikel/mali-du-nord-lafghanisation-du-desert

[4]Claire Woodside citeé par Kwessi W. obieng, « La lutte pour avoir la main mise sur le pétrole ghanéen » article de la revue African Agenda du 20 septembre 2010, Accra.

[5]Hocine MALTI, Mars 2008, « Les guerres de Bush pour le pétrole », revue Algeria Watch.

[6] Peter J. Schraeder, La guerre contre le terrorisme et la politique américaine en Afrique, Université de Loyola, Chicago, pp. 42-62 ( http://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2005-2-page-42.htm#anchor_plan)

[7] Princeton N. Lyman et J. Stephen Morrison, Respectivement, ancien ambassadeur américain au Nigeria et en Afrique du Sud, directeur des Études africaines au Conseil des relations extérieures de New York; et directeur du programme africain au Centre d’études internationales et stratégiques de Washington DC.

[8] Idem.

[9] United States Africa Command, accessed January 18, 2019, https://www.africom.mil/about-the-command.

[10] Ibid., http://www.agora-presse.com

[11] Paul Martial, ” L’intervention de la France au Mali ” In La presse du NPA (Montreuil : La presse du NPA, le 16 janvier 2013).  http://www.npa2009.org/content/sur-l%E2%80%99intervention-de-la-france-au-mali

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