Défis et perspectives de l’UE après la crise du Coronavirus

Avr 4, 2020 | covid 19, Les rapports

 

Depuis que l’Italie a annoncé la propagation de l’épidémie du Coronavirus dans son nord, l’Europe a vécu un grand désarroi dans la stratégie de juguler la propagation du virus. Après quelques semaines, l’Europe est dorénavant le plus grand épicentre de l’épidémie du Coronavirus en termes d’impact et de propagation, comme l’a annoncé l’OMS à mi-mars. Le nouveau défi du vieux continent européen ne se réduisait pas aux risques sanitaires et aux répercussions économiques, mais plutôt aux craintes et les controverses sur l’utilité et la réalité du principe de solidarité, qui est l’épine dorsale de l’Union européenne, qui peuvent affecter l’avenir de ce dernier

L’Italie a constitué le test le plus difficile dans ce contexte ; la lenteur de la réaction, conjugué à la désharmonie entre les pays qui constituent le groupement Euro, a anéanti l’espoir que l’épidémie s’atténuerait bientôt et a fait de l’Europe un nouveau foyer de la crise.

La présidente de la Commission européenne a admis que les responsables politiques avaient tous « sous-estimé » l’ampleur du danger représenté par l’épidémie du nouveau coronavirus, tandis que la Banque centrale européenne a également lancé trop tard un « plan d’urgence » de «750 milliards d’euros » destinés à des rachats de dette publique et privée pour tenter de contenir les répercussions sur l’économie de la pandémie de coronavirus. Un plan conçu après l’action entreprise par la directrice de la Banque centrale, Christine Lagarde, considérant la pandémie actuelle est de caractère différent, car il s’agit d’une crise sanitaire publique, et ne pas d’une crise politique ou financière, lorsqu’elle a déclaré: « Réduire les avantages des transferts du gouvernement italien n’est pas l’une des tâches de la Banque centrale européenne », puis le président italien a répondu qu’il s’attendait à ce que Christine Lagarde, au moins, n’entrave pas les efforts de solidarité de lutte contre le virus, dans le cadre de l’intérêt commun.

Ces déclarations et autres réactions à l’égard de la gestion par l’Union européenne de la crise du Coronavirus ont soulevé des questions sur les répercussions de la crise du Coronavirus pour le sort de la solidarité européenne ? Et si les effets géopolitiques de la crise du virus persisteront même après la découverte d’un vaccin ?

L’idée de l’Union européenne a été fondée sur la base du marché commun européen, et la coordination totale entre les pays de l’Union, mais ce qui se passe aujourd’hui est complètement à l’opposé de cette idée, il y a un choc profond entre ces pays européens. La crise a montré que les mécanismes et accords européens sont soit insuffisants, soit qu’ils n’ont pas pu résister aux défis posés par l’épidémie de ce virus, les défis du manque de solidarité, du manque de coordination et d’entraide entre eux, de l’absence des formes de solidarité entre les pays de l’Union européenne, ceux-ci s’isolant sur soient même, et l’apparence des politiques Néo-libérale. Il peut s’avérer que l’union qui a réussi à surmonter les répercussions du « Brexit », la crise des réfugiés et la crise économique mondiale en 2008 est devenue plus fragile et plus faible qu’auparavant, l’épreuve de la propagation de l’épidémie a ressuscité les États-nation, le dernier havre pour les peuples en période de grande crise. En témoigne un ensemble de points qui ont émergé ces derniers jours :

Premièrement : chaque pays européen a pris ses propres mesures sans discuter avec les autres pays de l’Union, d’une manière qui affecte les accords européens, comme la réimposition des frontières de Schengen en violation des accords européens. La France, l’Allemagne et la Bulgarie ont fermé leurs frontières et interdit les voyages même avec l’espace Schengen libre. Les décisions des dirigeants ont été un choc pour de nombreux citoyens des pays de l’Union, car elles ont violé tous les principes et slogans de l’Union depuis sa fondation, qui stipule la coopération, la solidarité et l’unification du destin, et que les peuples « Schengen » sont un seul peuple.

Deuxièmement : malgré le grand soutien fourni par le président de la Commission, de nombreux États membres ont traité la flambée d’infection en Italie comme un alibi pour l’isoler et non comme un allié, une assistance et un soutien doivent être fournis après la fermeture des frontières et des restrictions ont été imposées à l’exportation de masques et d’équipements de protection individuelle, et Chaque pays a conservé ses propres stocks.

La ministre Belge de la Santé Maggie De Block, a critiqué la décision de l’Allemagne et de la République tchèque de suspendre l’exportation de masques de protection, déclarant : « Je trouve que nous devons être solidaires dans la répartition des masques de protection. Un blocage des exportations entre les états membres n’est pas dans l’esprit de l’Union européenne »

Parallèlement, le président du Parti populaire européen et ancien président du Conseil européen, Donald Tusk, a condamné le comportement « national » des pays de l’Union européenne dans la lutte contre la propagation du nouveau Corona virus.

En échange d’une faible coordination entre les pays européens, la Chine a lancé une large propagande concernant le virus de sa part, s’est présentée comme un pays de solidarité et de coopération, et a pris l’initiative d’aider le monde à faire face au virus, aussi elle a envoyé des médecins chinois en Italie avec 31 tonnes de matériel médical. Le ministre bulgare de la Défense, Krasimir Karakashanov, a également reconnu, dans des communiqués de presse, que son pays avait reçu des masques à titre d’aide de la Turquie et de la Chine. Pour combattre le Corona dans son pays, alors que l’Union européenne n’a pas envoyé un seul masque.

Même les pays candidats à l’adhésion européenne, comme la Serbie, ont remercié la Chine et critiqué l’Union européenne d’avoir abandonné son pays. Le président serbe Aleksandar Vucic a déclaré : « Nous réalisons tous maintenant que ce qui est réellement appelé la solidarité mondiale n’existe pas et que la solidarité européenne n’existe pas et qu’il s’agit d’une histoire mythique qui n’existe que sur Papier « 

Non seulement les pays de l’Union européenne ont abandonné la coordination et s’entraident face à la crise du Coronavirus, mais plutôt les autorités tchèques ont saisi arbitrairement des masques et des respirateurs chinois qui étaient destinés à l’Italie. La République tchèque a reconnu avoir reçu cette aide.

Cette crise a montré que les mécanismes existants sont incapables de résister de tels défis. Donc, quelles répercussions cette crise aura-t-elle pour la solidarité européenne dans la prochaine étape ?

Après cette crise l’Union européenne ne sera indubitablement comme avant la crise du Corona, et l’escalade de la crise de l’Union européenne causée par la propagation de l’épidémie du Corona ne peut pas être considérée comme une tension transitoire dans les relations entre ses pays, qui peut être surmontée lorsque le virus est annihilé. À l’époque « post-coronienne », pour ainsi dire. Il y a deux défis concernant la prochaine étape :

Le premier : Que les pays groupement soient confrontés à des défis qui ébranleraient les piliers de l’union et de son unité, de l’absence des formes de solidarité entre les pays de l’Union européenne, ceux-ci s’isolant sur soient même, et l’apparence des politiques Néo-libérale. Il peut s’avérer que l’union qui a réussi à surmonter les répercussions du « Brexit », la crise des réfugiés et la crise économique mondiale en 2008 est devenue plus fragile et plus faible qu’auparavant, l’épreuve de la propagation de l’épidémie a ressuscité les États-nation : le dernier havre pour les peuples en période de grande crise.

On craint ici que les courants sceptiques de l’Union européenne ne bénéficient de l’absence de solidarité européenne, qu’il s’agisse des courants de pouvoir comme en Hongrie, ou des courants d’opposition au sein des pays, de la perte de confiance dans l’Union européenne, et hors de celle-ci à l’instar de la Grande-Bretagne.

Le seconde : est de tirer des leçons de cette crise pour aller de l’avant vers de nouveaux accords pour renforcer la solidarité envers des questions clés telles que la politique de santé, qui jusqu’à présent il n’y a pas de politique européenne commune et soumise à la politique de l’Etat au niveau national. Cette question sera-t-elle reconsidérée comme les défis sur les stocks européens d’équipements de santé, et cela va de même pour les politiques de défense et les politiques économiques et financières. Toutes ces questions seront soulevées avec force au cours de la prochaine étape, et nous verrons donc quelle Union européenne émergera après la crise du Corona.

En conclusion, les prochains jours représentent un véritable test de maturité des États membres de l’Union européenne, qui se terminera soit par leur fort retour sur la scène internationale en jouant un rôle majeur, soit les États membres se retrouveront face à des dilemmes difficiles qui menacent l’avenir de l’Union.

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